jeudi 30 juin 2011

Concert : Ringo Starr - Palais des Sports

Plus que deux ex-Beatles et le compte sera bon ! Après Paul McCartney plusieurs fois, la chance m'a été donnée d'assister à Paris au concert de Ringo Starr et de son All-Starr Band.

C'est une chance car l'ancien batteur des Fab Four se fait plutôt rare en France et en Europe, même s'il réside à Monaco. Ses tournées, plutôt régulières, se déroulent en général aux Etats-Unis où l'on devine qu'il y a plus d'argent à se faire. Mais cette année, il nous faisait l'honneur de venir nous voir donc autant en profiter.

Evidemment, le premier intérêt d'aller le voir a été moins l'aspect musical que l'aspect humain, le personnage, qui a gardé sa bonhommie tout au long de ces années. Il n'a jamais été un grand chanteur et il n'est pas non plus accompagné d'un groupe de poids, même si ça n'enlève rien à leur performance musicale pure.

Je ne connaissais pas le Palais des Sports donc cela tombait bien aussi. Une jolie salle du sud de Paris qui a notamment accueilli les Beatles en 1965. Elle n'est pas immense non plus, mais très confortable.

En première partie, nous avons eu le droit à un chanteur dénommé Bald dont je n'ai pas réussi à retrouver la trace sur Internet. Heureusement car il s'agit sans doute de la plus mauvaise première partie que je n'ai jamais entendu de ma vie, et j'ai un peu de concerts en bouteille. Donc ce monsieur est Français, chanteur et guitariste, accompagné d'un acolyte au clavier et à tous les autres instruments qu'il joue sur son synthé (batterie, cordes, cuivres, harmonica...).

Bald chante en anglais et ses morceaux frisent tous le ridicule tant ils sont misogynes : "Never trust a blonde girl", "She's a bitch", etc. Une bonne partie de la salle a été d'abord, comme moi, fort stupéfaite avant de verser soit dans le fou rire nerveux soit dans l'impatience colérique. Le comble fut quand il convia sur scène Stevie Wonder (grâce à l'harmonica du synthé) et Julian Lennon (la voix de son accompagnateur musical). Ce fut ainsi un calvaire incroyable et je ne souhaite à personne de le subir. Je n'aime pas être méchant avec les artistes, mais là, c'était médiocre et pitoyable.

Heureusement, Ringo et ses potes ne sont pas arrivés trop longtemps après et j'ai pu assister au show à quelques sièges d'un Philippe Manoeuvre visiblement pas super enthousiaste. L'idée du All-Starr Band est ainsi de réunir autour de Ringo quelques chanteurs qui ont eu leurs moments de gloire lors des années 1970 et 1980 et de les laisser eux aussi interpréter leurs vieux tubes. L'ex-Beatles se taille la part du lion bien entendu, mais laisse ses acolytes chanter au moins deux morceaux chacun.

Ce super groupe change à peu près à chaque tournée et il est plus ou moins qualitatif. Si ce sont tous d'excellents musiciens, leurs morceaux sentent beaucoup la naphtaline et promettent un véritable retour dans le passé.

Depuis l'an dernier, nous retrouvons donc Rick Derringer (guitariste, qui a débuté avec les McCoys puis a joué pour Steely Dan, Johnny Winter, Judas Priest, Alice Cooper, Cyndi Lauper... et a produit Weird Al Yankovic), Richard Page (bassiste, qui a formé Pages et Mr Mister avant de se consacrer à la composition pour pas mal d'artistes très connus), Wally Palmar (guitariste et leader des Romantics), Edgar Winter (multi-instrumentiste, frère de Johnny Winter et qui a notamment travaillé avec Rick Derringer), Gary Wright (clavier, qui a notamment joué sur All Things Must Pass de George Harrison, ainsi que pour Spooky Tooth, Johnny Hallyday ou en solo) et Gregg Bissonnette (batteur de Toto et pour Joe Satriani), le seul à ne chanter aucun morceau.

Ce ne sont donc pas n'importe qui, mais ce n'est pas de toute fraîcheur non plus. Et on doit bien l'avouer, le public s'est endormi à quasiment chacun de leurs morceaux sauf ceux du fantasque Edgar Winter, plus Rock'n'Roll que jamais avec son clavier qu'il porte grâce à une sangle autour du cou. Ringo Starr fut forcément le plus acclamé, et cela dès son entrée sur "It don't come easy".

Le batteur a choisi divers morceaux, des plus anciens ("Boys", "I wanna be your man", "Act Naturally") aux plus récents ("Choose Love", "The other side of Liverpool") en passant par "It don't come easy" mais aussi "Photograph", "Yellow Submarine" et le final "With a little help from my friends", climax du concert, conclu par "Give peace a chance" de Lennon.

Il interpréta ses morceaux soit du haut de sa célèbre batterie Ludwig soit seul (ou accompagné d'un petit set de batterie) sur le devant de la scène, très mobile, comme toujours. Même s'il n'est pas un grand chanteur, Ringo a conservé ce timbre de voix nasillard inimitable et vraiment singulier qui fait son charme.

Surtout, c'est son humour génial et pince-sans-rire qui a définitivement marqué les esprits. En vrai showman, il a fait hurler de rire la foule entre chaque morceau, se moquant la plupart du temps gentiment du public (les personnes criant "I love you"...) ou encore en égratignant lui-même et ses albums que personne n'achète !

Sa première partie fut peut-être lamentable et la pire que j'ai jamais entendu, mais, dans le même temps, je n'ai jamais autant ri à un concert. Et pourtant on pourrait lui reprocher la qualité des morceaux, souvent gonflants (ceux de ses acolytes, mais aussi ses plus récents à lui), et aussi son timing pile poil sans aucun rappel (à l'américaine nous dit-on).

Au final, cela reste ma première à un concert de Ringo, possiblement la dernière, donc je ne vais pas bouder ce plaisir immense que ce fut de l'avoir vu au moins une fois. On peut dire que, malgré une qualité globale incertaine (sauf techniquement), on passe un bon moment, convivial, chaleureux et drôle. Peace and love Ringo !

lundi 4 avril 2011

Concert : Divers - La Musicale (Canal +)

"La Musicale", c'est un peu le "Taratata" de Canal +: plusieurs artistes du moment invités, de la musique live et qques intermèdes parlés avec la ravissante Emma de Caunes. Si on ne devait s'en tenir qu'au présentateur, Canal + l'emporterait facilement, mais juste physiquement alors. Parce que les questions de la jolie fille de Caunes ne sont pas plus pointues que celles du sémillant Nagui.

Bref. L'occasion m'a donc été donnée d'assister, pour la première fois, à cette émission que, d'ailleurs, je n'ai jamais regardé à la télévision, faute de pouvoir compter sur un abonnement à la chaîne cryptée. L'édition en question était enregistrée et passera à l'antenne fin avril. Désolé, donc, d'en révéler déjà le contenu.

Contrairement à "Taratata" où la scène est centrale et les spectateurs quasiment autour, "La Musicale" préfère laisser les spectateurs, debout, au milieu et placer différentes petites scènes tout autour d'eux. Pas plus mal, mais l'attente est fut très longue (arrivée sur place à 19h30, fin à 23h30), malgré la belle ambiance portée par l'excellent chauffeur de salle de Canal + (déjà vu au Grand Journal).

Je vais donc faire un petit tour d'horizon des qques artistes présents ce soir-là :

- Raphael Saadiq : Le chanteur américain et sa soul rétro était la vedette américaine (logique) du show avec trois passages sur la plus grande scène du plateau, pour une demi-douzaine de chansons. Je ne le connaissais pas plus que ça et je dois dire qu'il a beaucoup de talent, notamment dans cette reconstitution du son et de la scénographie de l'époque (des 50's aux 70's) . Le public a très bien groové, moi de même.

- Ayo. : Oui, ok, c'était bien pour elle que j'étais là. Deux passages pour la délicieuse diva, quatre chansons de son dernier album, plus une bonus en clôture du show en duo avec Raphael Saadiq (un vieux tube 70's dont je ne me rappelle ni le nom, ni l'artiste, peut-être du côté des Jacksons). La chanteuse a de nouveau illuminé le plateau, très pro, très clean. Une prestation impeccable.

- The Do : Le duo franco-finlandais est de retour avec un nouvel album Indie-pop qui m'a l'air tout aussi réussi que le premier vu l'excellente performance, en deux passages également, qu'ils ont offert pour l'émission. S'ils se sont montrés peu à l'aise en interview, ils se sont bien éclatés sur scène et m'ont vraiment donné envie de les écouter davantage.

- True Live : Excellente découverte que ces énergiques Australiens qui combinent le jazz (par leurs musiciens et leurs violon, violoncelle, contre-basse, etc.) et le hip-hop (par le chanteur) dans un mélange fort bien équilibré. Je ne crois pas que cela soit complètement nouveau, mais c'est rare, original et ils n'ont pas été loin de remporter la palme de la meilleure ambiance lors de leur courte et unique prestation. Un vrai bon groupe à suivre.

- Jessie J : Choriste puis auteure-compositrice de grands noms du R'n'B moderne (Rihanna, Justin Timberlake, Christina Aguilera, etc.), la Britannique a décidé de se lancer récemment en solo et apparemment ça part déjà très fort. Très bien accueillie lors de l'émission, son unique passage a fait vibrer le public tout acquis à sa cause. Elle devrait facilement cartonner parce qu'elle est belle, très expressive, a du talent et une énergie scénique à revendre. Et même moi j'aime plutôt bien !

- Saul Williams : On pensait que l'artiste polyvalent (poète, chanteur) américain était là pour offrir la seule note d'apaisement dans ce melting pot hautement dynamique, mais non. Après un premier "morceau" tout doux, un slam accompagné de la guitare électrique d'Ayo., le poète s'est mué en véritable chanteur de hip-hop, hurlant et sautillant à tout va sur sa petite scène et allant jusqu'à grimper dans les échafaudages du plateau ! Le posé Saul Williams a par là démontré qu'il savait se muer en véritable bête de scène et a parfaitement su marquer les esprits. Chapeau !

Au final, je n'ai pu que me délecter de voir une telle affiche et surtout d'apprécier vraiment tous les artistes présents lors de l'émission, les connus comme les moins connus. Malgré les inconvénients des plateaux télé (chaleur, attente, longueurs, trajet, etc.), je ne regrette pas du tout d'avoir assister à autant de fabuleuses performances live. Bravo "La Musicale" !

vendredi 25 mars 2011

Concert : Ayo. - Trianon

Alors, on doit pas être loin de ma 15e prestation de Ayo. vue de mes yeux ébahis... Je sais pas si d'autres artistes auront autant ma faveur un jour, mais il faut dire qu'elle est tout de même très présente en France et notamment à Paris.

Qques semaines donc après la sortie de son troisième album, "Billy-Eve" et ses prestations promotionnelles auxquelles j'ai notamment pu assister en partie (France Inter, Fnac), il était temps de défendre ce nouveau "bébé" sur scène. Trois dates consécutives au Trianon (dont une annulée pour cause d'incendie de l'Elysée-Montmartre voisin) étaient prévues pour entamer une grosse tournée francophone. J'ai assisté à l'inaugurale dans une salle que je ne connaissais pas et qui est, comme la plupart des "vieilles" salles parisiennes, magnifique.

Avec le temps, je me suis habitué à ses shows, mais ceux-ci réservent toujours qques surprises et c'est cela qui fait plaisir. D'abord, pour celui-ci, pas de première partie et ce fut assez surprenant. Mais bon, parfois ce n'est pas terrible et ça fait encore plus attendre, alors tant mieux !

Ayo. est arrivée directement et via la fosse ! Je l'ai vue passer juste à côté de moi, presque par inadvertance, telle une boxeuse débarquant sur un ring, avec peignoir et grosse capuche de rigueur.

Au programme, un concert très calibré, sans excès de longueurs, contrairement à d'habitude, et qui parut presque un peu court ! Une majorité de chansons de "Billy-Eve", un seul guest, le poète américain Saul Williams (déjà là à son dernier concert de l'Olympia il y a qques mois), et qques petits couacs techniques... faut bien se rôder.

Mais ce fut toutefois bien charmant avec une belle énergie de la part d'Ayo., toujours aussi généreuse et enjouée, prompte à se déhancher sur scène ainsi qu'au milieu du public dans la fosse (ça faisait un bail qu'elle n'était pas venue nous caresser de la sorte). Elle laisse également beaucoup de place à ses musiciens, tous excellents malgré le renouvellement. Original, elle nous a proposé une séquence avec pour chaque chanson un duo avec l'un de ses musiciens, du pianiste au batteur, en passant par le guitariste et le bassiste. Une belle idée !

Au final, ce fut une bien bonne soirée, un bon concert malgré l'absence de qques chansons que j'aime particulièrement, mais son répertoire s'agrandit donc il faut bien faire des choix. Ayo. assure toujours autant, gagnant toujours plus de maturité tout en restant simple et généreuse. Un vrai cadeau pour le public. Merci à elle.

lundi 21 mars 2011

Concert : Ayo. - Maison de la Radio

Deux ans après son dernier album et son dernier passage à France Inter, sa radio partenaire, pour le "Pont des Artistes", Ayo. était de retour il y a deux semaines chez Isabelle Dhordain pour une nouvelle émission où elle fut la vedette.

Son nouvel album, "Billy-Eve" était sorti la même semaine et, comme d'habitude, enregistrement le mercredi soir pour diffusion le samedi soir. A nouveau, j'ai eu la chance d'être convié au spectacle par mon ami T.D., toujours programmateur musical pour la radio publique.

Autour d'Ayo. ce soir-là, deux autres excellents artistes. D'abord la jeune camerounaise Kareyce Fotso, qui vient de sortir son premier album. Simplement accompagnée d'une guitare et de quelques percussions, la voix de la jeune artiste est douce et puissante à la fois, 100% "africaine", avec ce timbre légèrement râpeux. Une jolie découverte, très impressionnée d'être présente aux côtés d'Ayo. qu'elle vénère. Cette dernière lui offrira un petit boeuf final sur un "Down on my Knees" improvisé.

Autre excellent moment avec la présence du pianiste de jazz belge Eric Legnini, venu présenter un nouvel album sur lequel il a demandé à la chanteuse Krystle Warren d'apporter sa voix. Celle-ci était également dans le grand studio Charles Trénet et le duo (+ deux musiciens de complément) a offert une très belle prestation sur plusieurs morceaux.

Pour sa part, Ayo. a confirmé son talent sur presque une dizaine de chansons, toutes issues de son nouvel album. Rayonnante, la chanteuse germano-nigériane s'est régalée, sûrement pas autant que son public, d'autant plus heureux de la voir de si près et dans une atmosphère si particulière d'un studio de radio.

On émet une réserve sur les séquences d'interview avec Isabelle Dhordain qui ne l'a pas laissé beaucoup parler, en raison de son français sans doute encore assez approximatif. C'est un peu dommage car on a l'impression que les autres invités ont eu plus de place pour eux. Ayo., elle, aura au moins eu la gentillesse d'avoir un peu d'attention pour les quelques fans, dont moi, venus lui soutirer une bise ou un autographe à la fin du show... :-)

Une expérience rééditée qques jours plus tard pour une "Carte Blanche" à la Fnac des Halles, à Paris, mais sans showcase, dommage. Au final, ce fut donc une belle mise en bouche avant sa grande tournée française qui débute ce soir à Paris et à laquelle je vais, bien évidemment, assister !

mardi 30 novembre 2010

Concert : Ayo. - Olympia

Oh oui, ça commence à faire beaucoup... Mais quand j'ai vu qu'Ayo. était de retour sur scène, je n'ai pu m'empêcher d'aller voir de quoi ça avait l'air. Il faut dire que ça faisait plus d'un an qu'elle ne s'était pas produite sur scène à Paris, et encore, c'était juste qques morceaux pour le "Peace One Day". Entre temps, elle s'est posée, a eu un bébé, commencé à préparer son troisième album et a bien dû faire qques apparitions ici et là, mais rien de très concret scéniquement parlant.

Cet événement à l'Olympia, c'était donc histoire de refaire doucement surface, avec une bonne action (une cagnotte reversée à l'Unicef dont elle est la marraine) et une bonne intention aussi avec l'invitation de qques guests de luxe.

Bien entendu, la salle était comble. Une aubaine pour la première partie, la jeune chanteuse australienne (mais très francophone) Emilie Gassin. Je ne connaissais pas et je pense qu'elle a encore du chemin à parcourir. Accompagnée d'un guitariste/violoniste, elle nous a chanté qques ballades folk pas désagréables, mais loin d'être très originales dans cet univers musical là.

Après une loooooooooooongue pause, Ayo. est enfin apparue à nous... toujours aussi splendide. Son groupe a encore changé, peut-être pas tous les membres, mais une bonne partie, et ça reste anglophone. Le concert, très long, fut ainsi l'occasion pour la chanteuse d'interpréter les morceaux incontournables de ses deux premiers albums (avec en plus le "And it's supposed to be love" en hommage à Abbey Lincoln, décédée il y a peu et un medley tonique de reprises dont "Single Lady" de Beyoncé !), mais également de nous faire découvrir plusieurs chansons de son prochain opus à venir, qui sortira en mars.

Et il y a vraiment de quoi être optimiste tellement ces morceaux sont toujours éclatants de fougue, de rythme et de sincérité. Tout comme la performance d'Ayo. sur scène qui fut une nouvelle fois éblouissante. Alors oui, parfois elle parle/chante trop, improvise trop ou danse même trop ! Mais il y a tellement de naturel et d'émotion chez elle qu'on lui pardonne ces qques longueurs.

Au menu des invités, que du beau monde. D'abord, ce fut Matthieu Chedid ("M") qui est venu l'accompagner à la guitare sur l'une de ses nouvelles chansons (je crois qu'ils ont collaboré ensemble sur le prochain album d'ailleurs). Puis l'inattendu Jean-Louis Aubert, venu partager également ses riffs ravageurs tout au long d'un morceau devenu boeuf interminable... Il était en compagnie de Daniel Bravo, l'un des membres de Tryo, aux percussions. Et pour finir, le père du clavier d'Ayo., un vieux monsieur très sage, mais incroyable chanteur de gospel.

A ce propos, on ne sait pas si qque chose a vraiment changé dans la foi d'Ayo., mais on aura remarqué une forte tendance à parler de Dieu, dans ses chansons ou en dehors, beaucoup plus qu'auparavant. Mais c'est un détail.

Ce fut donc un concert, comme d'habitude avec Ayo., très riche et festif avant tout. La chanteuse a une générosité et une voix qui a peu d'égal et on ne peut qu'être impatient d'une part d'écouter son nouvel album à venir et d'autre part de la revoir à nouveau sur scène. Rendez-vous en mars !

samedi 27 novembre 2010

Concert : Tété - Zénith

Et revoilà Tété, de retour à Paris après une longue tournée à travers le pays pour promouvoir son dernier album, "Le Premier clair de l'aube". Et nous l'avions vu justement, au tout début, à la Cigale, pour un show tonique comme il sait le faire.

Nous voici cette fois avec une salle bien plus grande et un public au rendez-vous. On avait été déçu par sa première partie de la dernière fois, Yom from Mars. Quelle belle surprise cette fois de retrouver ce bon vieux Jeff Lang, qui fut jadis, sa première partie à l'Olympia. Je vous avais conté ce concert il y a qques posts, tout comme le concert de Jeff Lang en solo d'ailleurs.

Bref, l'Australien a rasé sa barbe et s'est accompagné d'un jeune et très bon bassiste. Son folk/blues est toujours aussi sombre, avec qques éclaircies, et on apprécie surtout son jeu de guitare, toujours aussi technique et raffiné.

Le show de Tété fut lui beaucoup plus flamboyant évidemment, avec une playlist proche de celle interprétée qques mois plus tôt à la Cigale, mais largement plus rôdée, et avec également plus de laisser-aller et d'improvisation. Le chanteur s'est fendu à nouveau d'une jolie reprise de "Blister in the sun" des Violent Femmes et d'une seconde, inédite et solo sur scène, de "Still loving you", des Scorpions ! Et ça l'a fait !

Ce qui est fou avec Tété, c'est cette énergie sans relâche, ce rythme incroyable mis à chaque chanson et si on entend moins ses fabuleux textes en concert, on apprécie une vraie belle musicalité. Car il était aussi doté de deux excellents acolytes, un batteur et un contrebassiste.

Et on n'oublie pas de joyeux invités sur scène... A chaque fois, Tété s'est mis de côté, comme simple musicien. Le premier de ces guests, c'était Féfé, ex-Saïan Supa Crew, pour interpréter son titre, "Dans ma rue", qu'une bonne partie du public a repris joyeusement en choeur. Grosse énergie donc, et ça ne s'est pas calmé avec la venue du deuxième invité, l'excellent Abd Al Malik, en pleine promo de son nouvel album. Et il nous a interprété son nouveau single très sympa, "Ma Jolie", sans oublier de nous proposer la petite danse qui va avec... Jeff Lang aura lui aussi droit de revenir sur scène pour accompagner Tété sur qques titres dont une magnifique interprétation en duo et en acoustique du "Premier clair de l'aube", le meilleur morceau du concert selon moi.

Tété s'autorisera enfin une petite balade à travers le public, en jouant de la guitare, en fosse comme dans les gradins, et un deuxième rappel légèrement inattendu et évidemment fort apprécié. Je ne sais pas si je ferai de ce concert mon préféré parmi les trois que j'ai vu de Tété car c'est tout de même moins appréciable en grande salle, mais cela reste un show de toute beauté avec toujours une super énergie, un discours cool et rigolo, et une très belle atmosphère.

samedi 17 juillet 2010

John & Yoko / Plastic Ono Band / Elephant's Memory - Sometime in New York City (1972)

Les années 1970 avaient musicalement très bien commencé pour John Lennon avec les superbes albums "Plastic Ono Band" et "Imagine". Quelques mois après avoir sorti ce dernier, les époux Lennon décident de s'envoler pour New York. Là-bas, c'est la ferveur, sociale, culturelle, politique.

John et Yoko sont en plein dedans et, déjà bien impliqués politiquement, ils le seront encore plus au contact d'activistes chevronnés. D'autant plus que la période est particulièrement chaude aussi bien aux Etats-Unis que dans le reste du monde (Vietnam, Irlande). Tous ces problèmes inspirent un Lennon qui n'aura jamais été autant activiste après.

L'ex-Beatles va multiplier les apparitions médiatiques pour déverser toute sa verve verbale et musicale. Pour imprimer ces slogans dans le marbre, il faut publier un album. C'est ce qu'il décide donc de faire avec la très proche collaboration de Yoko Ono et Phil Spector à la production évidemment.

Pour les accompagner musicalement, vu qu'ils ne sont plus en Angleterre, il faut recruter sur place. Jim Keltner, déjà présent sur "Imagine", sera de la partie, mais pour le reste, c'est que du neuf avec la présence de l'éclectique groupe de rock américain Elephant's Memory.

Au programme des morceaux quasiment tous à connotation politique et revendicative, chantés soit par John, soit par Yoko, ou les deux. Résultat, il faut parfois s'accrocher, d'autant plus qu'on a l'impression qu'ils se sont contentés du minimum musicalement. Le plus important, c'est le texte. A noter qu'en plus de la partie "Sometime in New York City", une partie "Live Jam" a été ajoutée, présentant des morceaux joués en live en 1969 (concert pour l'Unicef) et en 1971 (avec Frank Zappa).

Le packaging de l'album met en avant la priorité des propos. La pochette, recto/verso, représente la une d'un journal avec les paroles des chansons en guise d'articles, des photos d'actualité, parodiques (Nixon et Mao dansant tout nus) ou du groupe, et quelques slogans ou bons mots disséminés ici et là. A l'intérieur, les mêmes paroles en plus gros, des photos de groupe ainsi que des gribouillages de Lennon.

Partons donc à la découverte d'un album mineur, mal aimé parce qu'il est sans doute le plus négligé musicalement de la carrière de l'ex-Beatles. Mais les paroles sont, presque toujours avec Lennon, très fouillées et vraiment bien écrites.

- "Woman is the nigger of the world" (Lennon/Ono) : Lennon ouvre son album avec ce qui constituera le seul single issu de cet opus. Une chanson très forte qui tranche immédiatement dans le vif. Le titre, qui est une phrase prononcée par Yoko Ono dans une interview en 1969 et qui choquera, comme les paroles, sont très musclés, une véritable ode au féminisme qui dénonce le traitement réservé en général aux femmes ("La femme est la nègre du monde", "l'esclave des esclaves", "Si tu ne me crois pas, alors regarde celle avec qui tu es", "Alors qu'on lui demande de ne pas être trop intelligente, on la rabaisse parce qu'elle est idiote"). Et c'est Lennon qui la chante, avec conviction. Musicalement, c'est très complet avec groupe et orchestration. La mélodie est plutôt entêtante avec solo de saxophone qui passe pas mal et une jolie ligne de basse. Une ouverture punchy donc et qui ne manque pas sa cible.

- "Sister O Sister" (Ono) : Ce fut la Face B du single, chantée par Yoko Ono, et il s'agit à nouveau d'un morceau dédié aux femmes. La chanson s'ouvre doucement avant de partir dans une ambiance rock steady plutôt sympathique. Vocalement, l'épouse Lennon s'en tire pas mal dans les couplets les plus calmes, mais dans certains, elle tire dans les aigus et là, c'est dur de chanter juste. Malgré tout, quoiqu'un peu longue, le tout passe plutôt pas mal grâce à ce rythme entraînant et une mélodie elle aussi entêtante. Côté texte, Yoko Ono appelle ses "soeurs" à se lever, se réveiller et apprendre à se battre pour gagner leur liberté.

- "Attica State" (Lennon/Ono) : En septembre 1971 ont éclaté des émeutes à la prison d'Attica State, près de New York. Les prisonniers, en majorité afro-américains, demandaient de meilleures conditions de vie. Plusieurs dizaines de prisonniers et de gardiens furent tués. Ce fut aussi dans cette prison que, coïncidence, emprisonné Mark Chapman, l'assassin de John Lennon. L'ambiance est donc ici moins bon enfant et John et Yoko chantent ensemble. Musicalement, les guitares sont acérées, la mélodie répétitive, le rythme est lourd, mais plutôt élevé, sans s'arrêter. Les paroles sont vives et féroces : "Les médias ont blâmé les prisonniers, mais les prisonniers n'ont pas tué, Rockefeller a appuyé sur la gâchette", "Libérez les prisonniers, libérez les juges, libérez les prisonniers partout, tout ce qu'ils veulent, c'est la vérité et la justice", "Maintenant, c'est le temps de la révolution, donnez leur la chance de grandir"... Lennon n'y va pas par quatre chemins.

- "Born in a prison" (Ono) : La prison, encore, mais là exprimée d'une manière plus générale par Yoko Ono. Cela commence par un petit solo de saxophone et une voix aigüe... sur un air romantique pour contraster avec des paroles bien noires comparant la vie à une prison : "Nous sommes nés dans une prison, élevés dans une prison, envoyés dans une prison appelée école, nous pleurons dans une prison, nous aimons dans une prison, nous rêvons dans une prison comme des idiots". Très optimiste donc. Lennon apporte sa voix à certains moments pour des choeurs mal maîtrisés. Nouveau solo de saxophone, languissant, pour la fin, avec une Yoko hurlant "Born in a prison". On préférait quand elle chantait pour ses "soeurs"...

- "New York City" (Lennon) : Place à un intermède avec ce morceau qui ne contient rien de revendicatif. Non, Lennon, comme il a déjà sur le faire notamment avec "The Ballad of John & Yoko", raconte sa vie à New York, ses rencontres (l'activiste Jerry Rubin, le musicien David Peel), ses visites, ses activités, sous la forme d'un récit emballant. La mélodie suit, très entraînante et rythmée, sous la forme d'une chanson rock tout à fait sympathique.

- "Sunday Bloody Sunday" (Lennon/Ono) : A ne pas confondre bien évidemment avec l'excellent tube de U2 même si l'intro y ressemble, peut-être en hommage à Lennon ? Ce morceau relate le drame du 30 janvier 1972 lorsque l'armée britannique a tiré sur des manifestants à Derry, en Irlande du Nord. Un événement resté tristement célèbre. Musicalement, c'est pas très irlandais, plutôt funky et exotique, à la "Sympathy for the devil" ou encore "Come together", et il y a d'ailleurs un passage lors duquel Lennon chante quasiment pareil que dans la chanson d'"Abbey Road". C'est plûtôt intéressant, mais Yoko Ono vient hurler sur les refrains "Sunday Bloody Sunday" et ça gâche tout. Côté texte, Lennon taille les Anglais et appelle clairement à l'indépendance de toute l'Irlande.

- "The Luck of the Irish" (Lennon/Ono) : A nouveau un morceau qui colle au précédent. Les Irlandais sont donc à l'honneur ici, Lennon refaisant l'histoire dans une ballade plus traditionnelle et douce. C'est donc avec beaucoup d'ironie que l'ex-Beatles chante, en compagnie de Yoko (qui passe mal ici aussi) notamment : "Si tu avais la chance des Irlandais, tu serais désolé et souhaiterais être mort" ou "être plutôt anglais", "mille ans de torture et de faim", "une terre pleine de beauté violée par les brigands britanniques", "Pourquoi diable les Anglais sont là ? Ils tuent avec Dieu de leur côté"... Des paroles très violentes donc, sur une jolie petite mélodie avec flûte et guitare...

- "John Sinclair" (Lennon) : John Sinclair, poète américain et manager du groupe MC5, fut condamné en 1969 à 10 ans de prison pour avoir donné du cannabis à un policier infiltré. Une peine évidemment bien lourde qui a provoqué l'ire d'une bonne partie de la scène hippie américaine. Lennon fit partie de ses défenseurs et lui consacra cette chanson au texte à nouveau très direct : "Laissez-le vivre, libérez-le, laissez-le vivre comme vous et moi (...) Il faut le libérer (...) S'il était un soldat, de la CIA, vendant de la drogue, il serait libre, ils le laisseraient vivre, respirer comme vous et moi (...) qu'est-ce que ces salauds peuvent faire de plus ?". L'esprit musical est très rythmé, dans un genre proche de la country avec d'excellentes parties de guitares. Un bon petit titre enlevé et efficace.

- "Angela" (Lennon/Ono) : Angela Davis, militante communiste des droits de l'homme aux Etats-Unis, a elle aussi connu bien des problèmes avec les autorités. Elle sera elle aussi soutenue à travers le monde et comme pour John Sinclair, Lennon lui consacre une chanson magnifique, pour moi la plus belle de l'album. Qu'il l'appelle par son prénom ou "Sister", le couple Lennon lui a écrit un texte vibrant : "Angela, ils t'ont mis en prison, ils ont tué ton homme, tu es une parmi les millions de prisonniers politiques dans le monde / Soeur, il y a un vent qui ne meurt jamais, on respire ensemble / Angela, tu retourneras bientôt avec tes soeurs et frères du monde, Soeur, il y a un million de races différentes mais on partage tous les même futur dans le monde". Musicalement, c'est plus calme, une longue chanson douce et forte à la fois sur le refrain, John et Yoko unissant leur voix pour ce bel hommage. On aime beaucoup la partition d'orgue.

- "We're all water" (Ono) : C'est Yoko Ono qui conclut la partie "Sometime in New York City" avec un morceau complètement au rythme enlevé et foutraque où elle fait l'éloge de la "relativité". A chaque couplet, elle met en opposition deux personnalités célèbres mais éloignées artistiquement ou idéologiquement (Mao, Nixon, Marilyn Monroe, la reine d'Angleterre...) en disant qu'il n'y aurait pas beaucoup de différences entre eux si on les mettait nu, on écoutait le battement de leur coeur, on les entendait chanter, etc. Plutôt ingénieux et poétique. Et dans le refrain, elle explique que nous sommes tous de l'eau, issue de différentes rivières et que nous sommes réunies dans un vaste océan : "Un jour, nous nous évaporerons tous ensemble". L'artiste Ono est de sortie pour le texte, mais aussi dans le chant où elle n'omet pas qques cris et hurlements bien caractéristiques sur une musique tonitruante à la "Benny Hill". Eh eh.

- "Cold Turkey" (Lennon) : Le 15 décembre 1969, John Lennon et le Plastic Ono Band naissant se produit lors d'un concert de charité pour l'Unicef au Lyceum Ballroom de Londres. Le groupe est très très riche avec notamment George Harrison, Eric Clapton, Delaney & Bonnie, Nicky Hopkins, Billy Preston, Jim Keltner, Bobby Keys, Klaus Voormann, Alan White, Keith Moon... Ils interprèteront notamment l'un des premiers single solo de Lennon, "Cold Turkey". "This song is about pain" ("cette chanson parle de douleur") lance le futur ex-Beatles à l'assistance avant que la musique ne résonne. On reparlera plus tard du morceau en lui-même, mais sa performance est ici excellente et intense (les cris primaux sont de sortie), durant près de 8 minutes tout de même ! Musicalement, le groupe tient très bien la route derrière.

- "Don't worry Kyoko" (Ono) : Autre morceau live issu du concert de 1969. Cela commence très hard avec un cri de Yoko et à vrai dire, elle va crier tout au long de cette "chanson", d'une vaste durée de 15 minutes (!), dédiée à sa fille Kyoko. Entre deux hurlements, elle lui dit qu'elle l'aime et de ne pas s'inquiéter. Cela a tout du délire expérimental où, derrière le "chant" de Yoko Ono, le groupe jamme à tout va dans un rock lourd ma foi très classique et qui s'accélère à la fin. Le public londonien a dû apprécier.

- "Well (Baby please don't go)" (Ward) : On passe à un autre live, le 6 juin 1971, au Fillmore East de New York, où l'on retrouve John Lennon et Yoko Ono en compagnie de Frank Zappa et ses "Mothers of Invention". Sur la dernière version remasterisée (et allégée) de l'album, datant de 2005, on ne trouve que cette reprise du chanteur de R'n'B américain, Walter Ward. Il s'agit d'un classique que les Beatles jouaient à la Cavern. Le morceau est ici largement revisité à la sauce rock 70's et c'est du tout bon musicalement. Lennon est toujours aussi excellent pour chanter du rock et c'est une belle prestation même si on se serait bien passé des hurlements intempestifs de Yoko...

- "Jamrag" (Lennon/Ono) : Le show avec Zappa continue. Voici un morceau originellement intitulé "King Kong" et composé par Frank Zappa. Mais il a été crédité au nom du couple Lennon, on ne sait pas trop pourquoi. Il commence avec des cris primaux dont on distingue nettement celui de Yoko. Une musique psychédélique suit, ma foi plutôt sympathique, oscillant entre jazz et funk. Yoko accompagne le groupe avec ses hululements... La fin reprend un peu comme au début... Faut aimer l'impro primale quoi.

- "Scumbag" (Lennon/Yoko/Zappa) : Le délire continue avec un morceau déjà plus enlevé et qui commence sous de bons augures. Les paroles, chantées par Lennon, sont réduites au minimum : "Scumbag". D'ailleurs, Frank Zappa invite, au milieu du morceau, le public à reprendre en choeur "Scumbag". Musicalement, c'est pas mauvais. Yoko tente des hululements, mais on l'entend moins.

- "Aü" (Lennon/Ono) : Il s'agit du morceau qui clôt la prestation du couple Lennon avec Zappa. Enfin, si on peut appeler cela un morceau... C'est une sorte de fin avec des vibrations de guitares et il paraît que Yoko réalisait une performance en même temps, mais sur le CD, on ne peut pas le voir évidemment... On entend au moins qques hululements pour terminer et les applaudissements du public, visiblement très heureux. Merci Yoko.

Après une bonne écoute, on ne peut pas vraiment dire qu'on passe un super moment à écouter "Sometime in New York City", surtout après "Plastic Ono Band" et "Imagine". Il est clair que le personnage en solo de John Lennon a pris de l'ampleur médiatiquement et qu'il veut en profiter. Cette rencontre humaine et musicale avec le milieu "gauchiste" américain est intéressante et démontre le réel intérêt de l'ex-Beatles pour ces sujets.

Maintenant, on ne sait pas trop ce qu'il ambitionnait musicalement avec cet album. Malgré des textes forts et des mélodies faciles, il est difficile de coller une étiquette "éternelle" à celui-ci. Surtout avec la participation omniprésente et crispante d'une Yoko Ono qui ne relève pas le niveau de l'ensemble.

Si "Sometime in New York City" s'inscrit parfaitement dans son époque, son contexte particulier, il ne va pas au-delà. Lennon sera blessé par les critiques et le mauvais accueil du public. Il laissera tomber tout cela, ou presque, et reviendra à ce qu'il sait faire de mieux avec "Mind Games", mais on en parlera un autre jour.

Les morceaux à retenir : "Woman is the nigger of the world", "Sisters O Sisters", "New York City", "Angela".