jeudi 2 juillet 2009

DVD - Gimme some truth

Nous avons parlé il y a qques temps de l'album "Imagine" de John Lennon, son deuxième en solo, une vraie réussite.

L'ex-Beatle a eu la bonne idée de laisser une caméra pénétrer chez lui, à Ascot, pendant l'enregistrement de cet album et de suivre la manufacture de celui-ci, presque de A à Z. Et cela s'appelerait : "Gimme some truth - the making of the Imagine album film".

Un DVD de ce faux documentaire a été édité il y a qques années, avec bonus, et cela fait évidemment plaisir. En effet, il est rarement possible de rentrer aussi précisément dans la maison et les studios d'une star comme John Lennon qui y enregistre l'un de ses albums phares.

Le livret du DVD nous indique peu de choses sur le pourquoi du comment mais nous livre qques jolies photos et informations sur l'album. Il raconte que Lennon a fait construire un studio d'enregistrement dans sa baraque de Tittenhurst Park, a fait venir Phil Spector pour le co-produire ainsi que "les meilleurs musiciens" du moment. Et le résultat est une oeuvre qui capture à la fois l'idéalisme et la colère de Lennon.

Entrons donc dans l'intimité du couple Lennon le temps d'un album mythique...

L'histoire commence avec une vue d'hélicoptère sur la belle demeure victorienne du sieur Lennon, nous sommes en mai 1971. Et il est déjà là en train de parler, d'accorder sa guitare, son groupe autour de lui. Yoko Ono intervient par-dessus, en voix off, expliquant qu'au départ, l'idée était de faire venir qques amis pour le petit déjeuner et de s'amuser ensuite en studio.

Lennon est en forme, jouant déjà avec la caméra. Peu après, il prend Nicky Hopkins avec lui pour lui montrer comment jouer "Imagine" au piano. C'est déjà très prenant de le voir jouer comme ça, très impliqué. Nicky Hopkins dit qu'il aime bien, Lennon aussi. Puis Yoko s'en mêle en suggérant qu'Hopkins la joue avec une octave plus haut. Et tout le monde approuve dont un jeune gars qui a l'air très enthousiaste et qui pousse des "Yeah" idolâtres.

On retrouve alors Lennon, un casque sur les oreilles, jouant et chantant "Imagine" sur son grand piano blanc, dans une pièce toute blanche et vide. Yoko est assise par terre, et l'écoute. Peu après, on voit Lennon et Phil Spector réécouter la bande et discutant du résultat. Yoko suggère à nouveau un piano de plus, une octave plus haute, tandis qu'un blondinet conseille de ne pas intégrer de batterie. Finalement, les deux producteurs envoient Alan White jouer de la batterie au côté de Klaus Voormann à la basse.

Ensuite, un peu de comédie. Lennon et Hopkins jouent ensemble sur le piano blanc. Lennon envoie sa femme ailleurs parce qu'elle gêne, elle lui donne des conseils au casque, puis on lui fait savoir qu'il vaudrait mieux enregistrer ailleurs à cause du son qui se répand trop dans la grande pièce blanche. Lennon s'en moque en faisant le guignol devant la caméra...

Autre séquence ensuite, Tariq Ali, commentateur politique d'origine pakistanaise, Régis Debray, essayiste français (entre autres !), Robin Blackburn, historien britannique, ainsi qu'une femme non identifiée, viennent rendre visite à Lennon. Le couple leur montre les projets de pochette du futur album. Tariq Ali approuve les paroles de "Imagine" mais Lennon tient à lui parler des autres chansons, dont "Crippled Inside" dont il chante un couplet qui fait rigoler la galerie.

On enchaîne avec la chanson en question diffusée sur des images montrant John et Yoko essayant désespérément de se promener en barque. Puis des images d'une party chez les Lennon où participent notamment Miles Davis (qui joue au basket avec Lennon devant le garage où trône notamment sa Rolls Royce psychédélique), Jack Nicholson, un certain Stanley Michels, le chanteur américain Fred Hughes, la réalisatrice d'avant-garde Shirley Clarke, Andy Warhol. Ensuite, toujours sur la chanson, les Lennon se font une expo d'art moderne...

Nouvelle séquence, très comique, Lennon et Spector sont devant un micro d'enregistrement. Les deux doivent faire les choeurs pour "Oh Yoko !" mais l'ingénieur du son n'arrive pas à caler le bon moment, ce qui agace particulièrement les deux producteurs. Yoko se charge d'engueuler le technicien pendant que les deux chanteurs s'impatientent et fument... ça ne vient toujours pas, l'ingénieur envoie toujours le mauvais bout et Spector lui vient en aide. Retour devant le micro, l'ingénieur stoppe tout, indiquant qu'il n'entend pas les chanteurs qui n'ont pas commencé à chanter, Lennon réplique ironiquement. Puis c'est au tour de Spector de chanter, il se plante. Yoko et John se mettent à lui montrer comment le faire. Une très belle séquence.

La chanson peut commencer... John essaye des fringues tunées par Yoko, puis on retrouve les deux se cherchant dans une forêt brumeuse : "John !", "Yoko !". Ils sont tout de noir vêtus, se retrouvent, se sautent dans les bras, et s'enlacent.

Puis ils prennent le petit déj sur leur terrasse, toujours sur l'air de "Oh Yoko !". John est en yukata, se lève, se tourne rapidement en s'exhibant, grondé par une Yoko amusée. Puis vient l'heure du bain. Ils sont à poils dedans évidemment, sans gêne. Puis les voilà dansant à New-York, puis sur une plage, puis s'embrassant sur un banc, toujours à New-York sans doute. Puis il fait nuit sur Ascot.

Place ensuite à un bout d'interview de la BBC, dans leur maison. La journaliste leur demande ce qu'ils pensent des nouvelles relations amoureuses. Lennon indique que quand il est très possessif mais que le fait de "posséder" qqu'un est dégueulasse même si lui le fait, et qu'il est très jaloux. Et justement, on enchaîne avec une séquence très belle, John enregistrant le chant de "Jealous Guy". Un casque sur les oreilles, il chante dans le micro d'enregistrement les yeux quasiment fermés... Parfois, on voit des images de John et Yoko au Japon, dans un temple, visitant ou jouant à la pétanque (!). Puis assis sur un banc à contempler la nature. Retour à John sifflant dans le micro. Vers la fin, des images subliminales de Yoko en train de verser des larmes... peuchère... A la fin, l'ingénieur lui dit que c'est génial, Lennon le traite de menteur avant de remercier Spector pour son travail, lui disant qu'il est très heureux de bosser avec lui. Yoko est tout sourire, assise dans le studio.

"Prochain morceau" lance Spector et on enchaîne avec "It's so hard". Sur cette chanson, on voit des images de John et Yoko se rendant en Rolls à une promo du livre de Yoko, "Grapefruit". dans une librairie. John se change dans la voiture, mettant son t-shirt jaune à l'effigie du bouquin, et faisant le pitre. La foule est nombreuse, ils signent des livres, boivent du jus de pamplemousse...

Nouvelle chanson, nouvelle séquence. On parle de Paul... Autour d'une grande table, John explique qu'il veut les mettre les paroles de ses chansons dans la pochette de son album pour que les gens puissent les lire, alors que Paul lui ne les met pas et qu'en plus, on ne l'entend pas. Spector réplique en demandant qui voudrait de l'album de Paul. John répond que ce n'est qu'un exemple...

C'est une séance de travail, George Harrison est là. Ils traduisent "Mako love, not war" dans toutes les langues. Spector donne la version française : "Fait l'amour, pas le guerre" nous indiquent les sous-titres ! Lennon balance : "Est-ce qu'il s'agit de TON français ou bien ?", et tout le monde se marre... Yoko clame qu'elle va vérifier. Lennon reprend en disant qu'il ne voudrait pas mettre qque chose du genre "Pas d'amour, toi la guerre" ! Puis ils le disent en allemand.

Puis John indique à son "gang" de le suivre pour aller écouter sa chanson. George conlue d'un loufoque "Une vie typique dans le jour de John Lennon".

Suivent des images d'une manifestation à Londres. John et Yoko y participent avec "I don't want to be a soldier mama" en fond. On entend ensuite Lennon répondre à la journaliste de la BBC de toute à l'heure. Il parle de la guerre, qui est aux portes de l'Angleterre avec le conflit en Irlande du Nord et de toute la violence que cela implique. Il pense que ces sujets sont plus importants que ceux dont raffolent les gens en général, du genre "savoir si qqu'un a déjà couché avec une ado". Ils pensent que les gens ont tendance à parler de n'importe quoi parce qu'ils ne veulent pas faire face à la réalité... Bien dit John.

On repart donc avec "Gimme some truth". On voit John devant son micro tenter de placer le refrain mais il s'arrache la gorge à la "Eddy Cochran". Ils ont encore un peu de mal à la lancer, ce qui irrite Lennon. Puis ça repart de plus belle, et Lennon livre ici une très belle performance de chanteur, s'arrachant pour aller au bout de ses longs vers et de ses convictions par la même occasion... La fin est excellente, Lennon balance ses paroles et finit encore plus fort avant de s'arrêter en disant "Ah ça c'est la vérité", parlant de sa bonne performance. Il a l'air content et réécoute en faisant le pitre dans le studio. Bravo M. Lennon.

Une autre belle séquence à suivre : "Oh my love". Réunion en studio autour de Lennon au piano et Harrison à la guitare slide. Yoko les guide. Entre temps, Lennon continue de répondre à la BBC, indiquant que sexe et amour ne sont pas obligés d'aller ensemble, car lui a apprécié de l'amour sans sexe et du sexe sans amour dans sa vie... Souvent, ils viennent ensemble mais souvent, ils ne viennent pas ensemble non plus. Yoko ajoute que l'amour a qque chose à voir avec la relaxation. Elle pense que l'amour vient quand on le comprend et qu'ensuite, on est détendu. Cela marche pour John et Yoko. CQFD.

Allez, retour à John qui chante "Oh my love". De belles images. Gros plan sur John chantant les yeux quasi-clos et jouant du piano, Harrison concentré sur sa guitare. Soudain un clac, et John engueule le caméraman sans doute, qui change ses bobines pendant la chanson ! Alors ils reprennent, introduit par le beau toucher d'Harrison... Vient la fin, tout le monde s'arrête, John finit une canette de bière posée sur son piano et indique qu'il veut entendre les fins de phrases de guitare de George (avec raison, c'est splendide).

Nouvelle séquence autour de la table à manger. George demande à John s'il a vu des Beatles récemment. John réplique qu'il n'a pas vu "Beat Les" récemment, non. Il enchaîne sur son jeu de mots, indiquant que ce dernier marche bien en Suède où il est numéro 5 (des charts). Puis la valse sur les Beatles continue quand Yoko sert du thé à George. John parle de George en tant que Fab Four mais celui-ci répond qu'il est Fab Three.

Puis on retrouve les deux ex-Fabs en studio. Un Lennon hilare joue du piano et chante en même temps "How do you sleep ?" pour George. John conclue en disant : "C'est la chanson méchante". Puis tout le monde est en studio pour enregistrer le morceau. John montre à Nicky Hopkins comment la jouer au piano car lui est à la guitare. Les images d'ensemble sont là encore excellentes et John est plus impliqué que jamais. Puis il s'arrête, un souci avec sa guitare. Yoko intervient alors et vient confier à John qu'elle trouve ses musiciens trop décontractés et qu'ils improvisent trop. John lance immédiatement : "Arrêtez d'improviser !". Puis elle s'en va donner des conseils à Hopkins sur la manière de jouer le morceau... Assez hallucinant... Mais Lennon est d'accord et rappelle à tout le monde qu'il s'agit d'une chanson méchante et qu'il ne faut pas qu'ils se laissent trop aller dans le swing.

Suit une séquence très intéressante. Un jeune fan s'est introduit dans la propriété des Lennon et John s'en va lui parler sur le pas de sa porte. Il essaye de le raisonner, lui disant qu'il ne faut pas qu'il compare les paroles des chansons avec sa propre vie. Il lui dit qu'il est juste un type normal qui écrit des chansons, c'est tout. Le fan avoue qu'il pensait avoir une réponse en rencontrant Lennon mais qu'il est probablement trompé. Lennon insiste alors, lui confirmant qu'il n'y avait rien, qu'il est juste un type normal. L'autre lui parle alors des paroles de "Carry that weight". John lui dit que c'était Paul qui la chantait et qu'ensuite, quand il chantait, c'était à propos de lui-même, ou de Yoko pour une chanson d'amour. Autrement, de tout ce qui le concernait lui, sa vie, et pas forcément celle des autres. Ensuite, sympa, il l'invite à manger un bout...

"How" résonne ensuite. On voit le jeune fan tremper une tranche de pain dans une tasse, l'air hagard. Puis John enregistre dans son micro. Il s'accroche à son casque et donne tout ce qu'il a... Magnifique... Puis c'est fini, ça discute dans la régie au sujet de certains vers. Yoko et Phil lui donne des conseils, il s'incline : "Vous êtes tous les deux, je perds". De très beaux plans suivent, des gros plans de Lennon dans la pénombre de la régie, devant choisir entre plusieurs séquences de chant.

Ensuite, Lennon prend connaissance d'un mini bungalow qui sera installé sur une petite île au milieu de leur lac. John et Yoko apprécient et vont sur l'îlot pour montrer où est ce qu'ils veulent l'implanter exactement. Puis Julien, le fils de John, les interpelle de l'autre côté de la rive.

"Imagine" retentit, John se fait prendre en photo pour la pochette de l'album. Yoko lui dit de penser à des nuages. Puis on voit Lennon en régie écoutant justement le morceau en question. Le film enchaîne et se termine sur le "clip" de la chanson. John jouant au piano et chantant dans son grand salon blanc tandis que Yoko ouvre les volets, habillée en princesse, avant de le rejoindre sur le tabouret du piano. Et ils s'embrassent... Dernière pirouette de John sur un siège, tête de clown. Et le générique prend place sur une démo de "Look at me", avec pour image, John et Yoko marchant sur une plage, en direction de la mer... C'est beau...

Ainsi, il s'agit d'un très beau film, qui apporte surtout pour sa qualité documentaire. C'est bien peu mais voir Lennon enregistrer sous la houlette de Spector et en compagnie d'excellents musiciens, cela reste exceptionnel. Au final, on voit peu d'images par chanson et on imagine (ah ah) qu'il en reste encore beaucoup en boîte mais on se contentera déjà de cela. On sent John maître de son travail mais tout de même bien coaché par Yoko qui n'hésite jamais à mettre son grain de sel. En mal ou en bien, on ne sait pas trop mais elle est omniprésente, c'est un fait. Tout le monde la suit en tout cas, même Spector qui regarde tout ça de sa régie, en grand sage de la musique.

Les séquences d'enregistrement sont donc très prenantes et intéressantes. Elles montrent souvent le morceau en version quasi finale mais c'est déjà pas mal. Elles se mêlent assez bien aux images de la vie quotidienne des Lennon, plus ou moins jouées. La caméra est là et ce n'est pas Loft Story pour autant. Lennon joue constamment avec et aime à se mettre en scène. C'est ainsi que les moments où il est concentré dans la musique, où il s'énerve, sont les plus frappants.

On ne peut donc que remercier le couple Lennon de nous offrir ce moment privilégié dans leur vie.

Les bonus du DVD sont assez minces malheureusement. Ils nous offrent l'interview de la BBC en entier. Celle-ci est intégralement tournée vers le sexe et les Lennon en parlent sans gêne évidemment. En tout cas, quel artiste et surtout quel média oserait aujourd'hui en parler de cette manière ?

Puis on a la discographie de Lennon avec l'extrait d'un morceau de chaque album pour illustration... Pas grand chose de plus.

En conclusion, ce film est un incontournable à avoir pour tout fan de Lennon mais aussi de musique. Il présente un grand intérêt dans le pur aspect musical et offre la possibilité d'en connaître un peu plus sur la personnalité de l'un des plus grands artistes de ce siècle, alors au top de sa forme et de sa carrière solo. Cela ne durera pas...

dimanche 28 juin 2009

Concert : Divers - Solidays 2009

Deux ans après ma découverte du fameux festival parisien où il pleuvait malgré de bien bons concerts (Ayo., Lily Allen, Sean Lennon, Tokyo Ska Paradise Orchestra, Superbus...), me revoici sur l'hippodrome de Longchamps pour une nouvelle salve de solidarité contre le Sida.

L'année dernière, le festival avait perdu en tête d'affiche mais là, j'ai cédé à l'appel de qques artistes bien sympas, puis au soleil, il faisait très beau !

Ainsi, je n'y étais pas vendredi car je ne pouvais pas puis les groupes ne m'intéressaient pas particulièrement.

Voici ce que j'ai pu voir samedi :

- Créature : ça a commencé par une chouette découverte; ces Canadiens ont de la ressource, deux gars, deux filles, de l'électro-pop-punk entêtant rappelant CSS ou encore les Ting Tings. Très excités, très enthousiastes, ils ont bien mis l'ambiance pour débuter la journée. Un nom à retenir.

- La Casa : Un duo de chanteurs français qui commence à bien marcher dans l'univers de cette nouvelle chanson franchouillarde qui inonde nos médias. Ils chantent surtout en français, un peu en espagnol, parfois dans les deux langues. Si leurs deux premiers singles passent bien, le reste est assez banal voire ennuyeux.

- Stéphanie McKay : Tout droit venue du Bronx, cette chanteuse soul, registre Lauryn Hill, a du coffre. Elle chante très bien, a la pêche mais difficile de la différencier des dizaines d'autres divas du genre... Pas mal quand même.

- Amadou & Mariam : Malgré leurs jolies mélodies rythmées, je ne soupçonnais pas le couple malien de pouvoir emballer une audience comme ça. L'ambiance était incroyable, le public ne tenait pas en place. Il faut dire que la set-list était particulièrement bien choisie pour provoquer un tel délire. Nous avons eu le droit à leurs chansons les plus dansantes donc et le duo assure le show comme jamais, entre les solos ravageurs d'Amadou et les "Chaud, chaud, chaud" de Mariam. Une vraie claque, bravo !

- Keziah Jones : L'ex-chanteur du métro parisien est salué à peu près partout dans notre pays donc je me délectais donc de pouvoir en découvrir un peu plus. Eh bien, ce fut une déception. Le bonhomme est un excellent show-man, torse nu, maniant très bien sa guitare dans tous les sens, mais ses chansons étaient étonnamment banales... Il n'y avait que son célèbre morceau dont je ne connais pas le nom pour réveiller une foule un peu apathique, le soleil aidant sans doute. Bref, la fougue est là, pour le reste, on repassera...

- Yodelice : L'ex de Jenifer m'a bluffé avec son très sympathique "Sunday with the flu". L'occasion était de voir s'il avait autre chose dans son bagage à proposer. Au début, ça allait, il en a qques autres dans le même genre, puis il s'est mis à tomber dans une espèce de bouillie folk-rock des plus sombres, chiante à mourir... Puis j'avoue que je me moque du chanteur de Phoenix et de son accent français mais Yodelice est l'exact contraire, maniérant un accent prononcé, genre "je suis une bête en anglais", et quand on y fait attention, ça devient vite irritant. Heureusement, il a salué la foule en français. Déception donc, encore une.

- The Ting Tings : Le climax de la journée; je n'étais venu que pour eux. En 1h pile, ils ont casé tout leur album et la folie du public leur a bien plu. Le son n'était pas terrible mais l'ambiance, elle, était carrément délirante (d'autant plus que j'étais devant). Ils ont assuré leur show, rôdé comme jamais, et ça marche à tous les coups. F****** Fantastic !

Le dimanche, températures toujours aussi hautes mais j'avoue avoir zappé tout le début d'après-midi par manque d'intérêt. Ensuite, les choix furent plus évidents, quoique...

- Ayo. : La belle métisse était de retour après son hospitalisation qui lui a notamment fait sauter ses concerts au Zénith de Paris; j'avais des places pour l'un des deux, j'étais triste ! Très en forme, elle a fait une entrée habituelle avec "I'm not afraid", un joli moment. Son naturel est toujours là, sa joie de vivre et de chanter aussi. Elle rayonne toujours autant sur scène et ses musiciens s'en donnent à coeur joie (nouveau guitariste pour l'occasion, de remplacement je présume car il a assuré mais sans éclat non plus). Mais 1h, c'est vraiment trop court pour Ayo.. Elle papote (en impro, sans savoir vraiment quoi dire) et danse tellement qu'elle a encore perdu un temps fou et chanté, au final, que très peu de chansons, quatre ou cinq à tout casser. En prime, une espèce d'inédit écrit pendant son séjour à l'hôpital qui ne fera pas long feu. Elle a dédicacé "I want you back" à qui on sait et, au lieu de terminer par "Down on my knees", a opté pour "Life is real". Pas son meilleur show, loin de là, mais au moins elle était très (trop) concernée par la cause défendue par le festival.

- Emir Kusturica : Un court aperçu du cinéaste serbe à la guitare électrique, à la tête d'un groupe tout en folie, surtout le chanteur qui était vêtu d'un accoutrement grotesque vert fluo. Pas entendu grand chose, mais c'est une fanfare qui m'a eu l'air sympathique.

- Naive New Beaters : Ces trois joyeux lurons m'ont bien fait rire. Français, ils se font passer pour des Anglais lorsqu'ils parlent avec faux accent et franglais revendiqué. Leur musique passe très bien, une électro-pop bien allumée, et le show vaut la peine d'être vu, plein d'humour et de chorégraphies burlesques.

- Caravan Palace : Plus j'écoute cet ethousiaste orchestre, plus j'aime. Un chanteur, une chanteuse, et une bonne grosse fanfare derrière, au service de mélodies qui sonnent très années folles modernisées à l'aide d'un peu d'électronique. C'est très festif, très dansant et c'est encore mieux sur scène.

- La Grande Sophie : Elle est grande, oui, élégante aussi et plutôt bien foutue. Moins rock qu'avant, elle garde qque chose de bien à elle dans un répertoire varié et très agréable à écouter. Son show m'a plu de bout en bout. On sent son expérience de la scène et de tout ce qui va avec. Elle est un pilier des chanteuses indépendantes actuelles.

- Cocoon : Petit aperçu mais pas grand chose à en retirer. Ils sont très mignons tous les deux quand ils chantent, mais quand ils parlent, c'est beaucoup moins intéressant.

- Metronomy : Il paraît que c'est bien mais le peu que j'ai entendu ne m'a pas vraiment encouragé à rester.

- Manu Chao : Le baroudeur franco-hispanique a beau être très créatif, ses shows ne sont pas si originaux que cela. Celui-ci était quasiment copié collé avec celui de Bercy il y a un an. Même entrée en matière, mêmes morceaux, mêmes interprétations, mêmes gestes et attitudes. Certes, lui et son groupe mettent une ambiance d'enfer mais le répertoire varie vraiment trop peu. Manu Chao assure le show, c'est grandiose mais un peu plus d'effort et là, ça sera grandissimo !

En conclusion, je suis plutôt content de cette édition de Solidays malgré ma solitude. J'ai pu vori pas mal de choses différentes et j'ai eu les qques découvertes et surprises que j'espérais. Ceux que j'attendais ont confirmé, donc beaucoup de positif à retenir. Vivement l'année prochaine !

samedi 23 mai 2009

Concert : The Ting Tings - Bataclan

"We started nothing", le premier album des Ting Tings est pour moi la meilleure découverte que j'ai pu faire l'an passé. C'est un opus splendide, l'un des rares sur lequel j'aime absolument toutes les chansons, de manière presque équivalente, c'est dire !

Les voir en concert relevait donc de la logique. Deux dates étaient prévues en avril au Bataclan, complètes. Je me suis ainsi rabattu sur l'heureux concert supplémentaire prévu début mai.

Cela tombait bien, je n'avais encore jamais mis les pieds dans cette fameuse petite salle parisienne. Je ne fus pas déçu, à l'image de ces salles compactes comme la Cigale avec parquet et balcon à l'ancienne. Puis c'était complet, avec une ambiance très chaude.

La première partie était assurée par The Joy Formidable, un trio mené par une blonde à l'air gentil mais très énervé. Elle hurlait dans le micro sans réussir à ce qu'on l'entende, couverte par sa guitare saturée. Son bassiste et son batteur étaient tout aussi énervés qu'elle. Le résultat était assez mauvais, une grosse soupe rock aux mélodies informes. Bon, j'ai eu un peu de compassion pour eux juste parce que, pour la prestation des Ting Tings, ils sont venus se placer pas très loin de Sei et moi au balcon, Sei allant jusqu'à aller leur demander un autographe (sans connaître leur nom !). Et ils se sont montrés tout à fait ouverts et sympathiques, pas comme leur musique !

Venons en aux Ting Tings. Leur show fut tout bonnement époustouflant. J'ai rarement été aussi secoué pendant un concert. Malgré la profusion d'instruments que l'on peut entendre sur leur album, Katie et Jules jouent quasiment de tout, tous seuls sur scène.

Le concert a commencé avec "We Walk". Jules et ses fameuses lunettes de soleil colorées est arrivé sur scène, a joué qques notes sur un clavier, avant de se poser sur son tabouret de batterie pour y jouer... de la guitare électrique ! Une fois les boucles enregistrées, comme pour le clavier, il se mit à taper sur ses peaux. Et Katie a débarqué pour chanter... Et la même mécanique s'est répétée pour toutes les chansons, selon un procédé et une mise en scène parfaitement rodés.

Agissant comme des marionnettes, pas très bavards mais sympathiques, les Ting Tings offrent ainsi un jeu en live incroyable. En peu de moyens, ils s'approprient la scène avec talent et perfection. Parfois, ils étaient rejoints par une triplette de saxophonistes dotées de perruque de couleur et d'instruments énormes, jouant elles aussi selon une chorégraphie très simpliste mais étudiée.

Tous les morceaux de "We Started nothing" sont passés, dans des versions allongées et largement plébiscitées par le public. Le climax étant atteint avec "Shut up and let me go", mais "Great DJ" et "That's not my name", les deux autres singles du moment, ont eux aussi eu le droit à leur acclamation.

Et pour nous remercier de cette ambiance extraordinaire, le fabuleux duo anglais est revenu sur scène pour nous interpréter, en acoustique, une reprise d'un titre que je crois vaguement connaître mais dont je ne me rappelle plus ni le titre ni l'interprète original, sorry.

Cela a donc clôturé une prestation flamboyante qui donne envie d'aller les revoir encore et encore, impatient de découvrir la suite de leurs aventures.

Pour cela, j'ai eu de la chance puisqu'ils se sont présentés qques jours plus tard à la FNAC Montparnasse pour un show case bien calme mais sympathique. Katie et Jules ont joué en acoustique, chacun avec une guitare, leurs principaux singles et la reprise dont je vous ai parlé juste avant. L'ambiance était à l'opposée de celle du Bataclan mais ce fut intéressant de les voir de près et jouer de cette manière. Ces versions ont donné des résultats intéressants de la matière brute de leur répertoire.

Pour l'anecdote, j'ai ensuite été me chercher un petit autographe des deux Ting Tings que je n'ai pas manqué de féliciter chaudement...

jeudi 14 mai 2009

Concert : Ayo. - Maison de la Radio

Après ses multiples Olympias et sa tournée à travers la France et l'Europe, Ayo. a enfin eu le temps de passer voir sa radio-sponsor, France Inter, pour l'émission "Le Pont des Artistes", animée par Isabelle Dhordain.

C'était il y a quelques semaines et j'ai eu la chance d'y être invité par T.D., mon ami programmateur musical à Inter. L'émission était enregistrée le mercredi soir pour être diffusée le samedi soir.

L'émission était ouverte au public, en fonction des places disponibles et pas besoin de préciser que le grand studo Charles Trénet était plein à craquer ! TD n'avait pas vu ça depuis Ben Harper. Des gens attendaient pour avoir des places dès le début de l'après-midi, c'est dire l'engouement qu'Ayo. provoque toujours en France !

Avec ma place V.I.P., j'eus la chance d'être placé dans les premiers rangs, tout près de l'espace dédié aux musiciens. Contrairement à une salle de concert, les sièges sont vont de bas en haut et la "scène" est en bas, pas surélevée. C'était le même studio que pour son concert pour FIP il y a quelques années, j'en avais déjà parlé ici.

Son optimum donc et la chance de voir se dérouler l'émission sous nos yeux. Au programme, Ayo., mais aussi deux autres artistes, Lura et Victor O. Ces chanteurs se sont succédés devant nous, à tour de rôle, s'en venant et retournant à plusieurs reprises, entre quelques séquences d'interview.

Ayo. a ouvert le bal avec "I'm not afraid" et a chanté à deux autres reprises plusieurs chansons, toutes de son nouvel album, à l'exception d'un "Girls" endiablé (qu'elle chante uniquement en concert) et de "Down on my knees" pour finir... La dernière partie fut en réalité un mini-concert de 30 minutes. Elle était fraîche, elle était belle, elle a mis le feu à la salle conquise malgré ce contexte radiophonique pas évident (atmosphère cloisonnée). Son interview n'était pas très intéressante, sans doute à cause de son français qui reste précaire. On a juste pu apprendre qu'elle n'habitait plus Paris mais Berlin (et New-York) et qu'elle écrivait des chansons souvent tristes parce que personnelles. En tout cas, entourée de ses musiciens américains, sa performance musicale fut toujours aussi remarquable.

Pour finir, je tiens tout de même à évoquer les deux artistes qui étaient également invités. Victor O est un chanteur martiniquais, très connu dans les Antilles, moins en métropole mais qui gagne à l'être car il a une vraie passion pour ses racines et les exprime bien. Il chante en français mais surtout en créole, ce qui est très doux à l'oreille et sonne bien. Son style est un mélange de "chanson française" mais à la sauce martiniquaise, c'est-à-dire mélangée à du reggae ("Les Marley sont la famille royale des Antilles"), beaucoup, et un peu de musique des Antilles (zouk ? calypso ?). C'était pas mal en tout cas, je suis pas super fan non plus mais c'était loin d'être désagréable.

Mais il y eut surtout cette très belle surprise, la chanteuse Lura. Portugaise d'origine capverdienne, elle a bien chauffé le public avant qu'Ayo. ne le brûle définitivement. Très belle elle aussi, très distinguée, vêtue d'une splendide robe rouge de diva, elle m'a complètement charmé, physiquement, mais aussi musicalement, avec ses airs capverdiens. Bien entendu, on pense tout de suite à Cesaria Evora mais c'est pas si ressemblant que ça. Je ne connais pas bien Cesaria Evora mais Lura est, je pense, plus festive et plus proche d'une sorte de soul portugo-capverdienne, avec des rythmes parfois endiablés, sonnant comme de la salsa. J'ai passé un très beau moment à la regarder et à l'écouter chanter, une très belle découverte donc, que je recommande chaudement.

En sortant, j'ai eu la chance d'obtenir une accolade et une bise d'Ayo. qui m'a reconnu depuis notre petite discussion lors de son showcase à la FNAC, en octobre dernier. Autant vous dire que ce joli moment m'émoustille encore aujourd'hui...

Prochain rendez-vous : le Zénith de Paris, en juin !

dimanche 8 mars 2009

John Lennon - Imagine (1971)

On le répètera jamais assez mais le début des années 70 reste indéniablement la meilleure période de la carrière musicale de John Lennon en solo. Psychologiquement, peut-être pas, mais en termes de chansons, ça y va fort.

Nous en restions donc restés au splendidement simple "Plastic Ono Band" dont "Imagine" est finalement une sorte de suite, en plus étoffée, que ce soit pour les textes et les musiques. D'ailleurs Lennon lui-même disait qu'il s'agissait du même album "enrobé de chocolat" ou qque chose comme ça.

Mais l'ex-Beatles a quand même retrouvé une certaine verve. Ses chansons restent ici parfois très personnelles mais, contrairement à son prédécesseur introspectif, il sort aussi de ses gonds pour dénoncer les fléaux de sa société d'alors (qui sont toujours d'actualité d'ailleurs...). Sur ce plan-là, "Imagine" préfigure la période à venir de Lennon, très engagée et militante.

Pour cet album, le chanteur s'est accompagné d'une équipe relativement similaire à celle de "Plastic Ono Band". Phil Spector est à nouveau aux manettes (avec Yoko, cela va de soit !), Klaus Voormann à la basse et George Harrison a remplacé Ringo Starr en tant qu'ex-Beatles invité. Billy Preston cède sa place aux claviers au non moins talentueux Nicky Hopkins (qui lui aussi ira faire un tour du côté des Rolling Stones), et la batterie est tenue par Jim Keltner et Alan White selon les morceaux. Bref, à nouveau une équipe réduite, de qualité et composée de proches de Lennon.

Côté packaging, l'album n'est pas sensationnel. La pochette, avec un John à lunettes hagard et transparent au milieu des nuages, est pas terrible. La version remasterisée propose un riche livret avec photos d'époque, notamment à Ascot, dans la belle maison blanche où Lennon a enregistré l'album (voir le très beau documentaire "Gimme some truth" dont on parlera très bientôt), ainsi que les paroles des chansons. La dernière photo du livret est très connue et croquignolesque avec un Lennon ironique tenant les oreilles d'un énorme porc (une pique moqueuse envers son ancien compère Paul McCartney qui apparaissait, sur la pochette de "Ram", dans la même position mais avec un bélier). Ce ne sera pas sa première diatribe anti-Paul...

On retrouve ainsi un John Lennon en très bonne forme pour un très bel album que nous allons décrire maintenant.

- "Imagine" (Lennon) : On ouvre cet album avec l'hymne lennonien par excellence, sa chanson en solo la plus connue, celle qui dépasse toutes les frontières et rassemble tout le monde. Assurément une très belle chanson, mélodie douce et qui colle parfaitement au texte : "Imagine un monde sans paradis (...) sans enfer (...) sans pays (...) sans religion (...)". L'utopie totale quoi. Le message est assez simple, rêve d'un monde dématérialisé où chacun serait égal à l'autre. Mais Lennon a la bonne idée d'en faire un rêve universel puisqu'il chante qu'il est "peut-être un rêveur" mais qu'il n'est pas le seul, et invite ainsi l'auditeur à le rejoindre dans cette utopie. Complètement surréaliste mais très bien foutu. J'aime aussi beaucoup l'intrusion de la batterie (jouée par Alan White) qui apporte un peu plus de mouvement. Avec du piano seul, cela serait resté un peu trop plan-plan. Sans oublier qques cordes spectoriennes ajoutées derrière. Enfin, Klaus Voormann est à la basse. De la très belle oeuvre donc, jamais dépassée en tant qu'hymne à la paix.

- "Crippled inside" (Lennon) : L'ouverture de l'album était quand même très douce. L'enchaînement est alors plus rythmé avec cette chanson. Sur un air très country, Lennon ne lâche pas la grappe des institutions qu'il dénonce : les cols blancs, les politiques, les religieux... Là encore, c'est très mordant et il manie bien son texte. Il blâme l'hypocrisie de ces classes dirigeantes en leur disant que même s'ils essayent de se cacher derrière des bons sentiments, ils sont de toute manière pourris de l'intérieur (crippled inside). On apprécie la légèreté du morceau avec une super partie (dont le solo) de guitare dobro signée subtilement par George Harrison. On retrouve également Nicky Hopkins au piano, toujours Klaus Voormann à la basse (avec un certain Steve Brendell également). A la guitare, il y a du monde outre Lennon, on a Ted Turner (du groupe Wishbone Ash), Rod Linton (inconnu au bataillon...) et John Tout (futur Renaissance). Ce n'est pas l'un des titres phares de l'album mais il passe bien.

- "Jealous Guy" (Lennon) : L'un de mes morceaux préférés de Lennon en solo, d'une beauté rare. On loue souvent le talent de McCartney pour nous sortir des ritournelles amoureuses mais quand Lennon s'y met, c'est vraiment du lourd aussi. On plonge tout de suite dedans avec cette magnifique intro au piano, suivie d'une atmosphère très particulière due à un excellent travail de production de Phil Spector. La basse feutrée de Klaus Voormann puis la batterie de Jim Keltner et des cordes s'incrustent tout en finesse. On retrouve également John Barham (musicien et arranger discret mais proche de Harrison, Lennon & co) à l'harmonium et Alan White aux "good vibes" (?). La mélodie est splendide (datant de l'ère Beatles sous le nom de "Child of nature"), la voix de Lennon totalement dans son sujet et le solo sifflé est tout à fait mignon. Le texte est assez simple (Lennon s'excuse auprès de sa dulcinée pour sa jalousie) mais toujours très touchant et sincère. Lennon a ce don pour déballer tout ce qu'il a sur le coeur sans se cacher derrière un personnage. On le croit tout de suite. A travers sa jalousie, il démontre toute sa faiblesse d'être humain et demande pardon à sa bien-aimée pour l'avoir blessée et fait pleurer. Avec "Imagine", il s'agit de l'autre très grande chanson de l'album.

- "It's so hard" (Lennon) : Place ensuite à la chanson la plus courte de l'album mais pas la moins marquante. On retrouve le Lennon mordant et revendicatif dans un morceau très blues-rock. Ici, le chanteur se plaint un peu de tout, de devoir vivre, aimer, être qqu'un, manger, boire, avoir des émotions, s'inquiéter, courir, se cacher, satisfaire sa femme... Et comme il en a parfois marre de tout ça, il conclut que ça le fait déprimer. Pastille tout à fait lennonienne avec une belle orchestration de Phil Spector, l'excellent saxophone de King Curtis (proche d'Aretha Franklin, Stevie Wonder, ...), la basse de Klaus Voormann et cette fois Jim Gordon (qui a joué avec Harrison, les Beach Boys, Clapton, les Byrds...) à la batterie.

- "I don't wanna be a soldier Mama I don't wanna die" (Lennon) : Retour aux choses sérieuses ici où le titre parle de lui-même. Beaucoup d'écho spectorien, un rythme lourd tendance blues-rock à nouveau, le morceau le plus faible de l'album selon moi. Le texte est clair, anti-militariste au possible mais pas que, puisque l'auteur dit aussi à sa maman qu'il ne veut pas être un homme riche, puis un homme pauvre, un avocat, un mendiant, un voleur, un religieux... Tout y passe à nouveau, fourre-tout engagé de Lennon qui ne sait plus trop où il va du coup. Côté musiciens, il y a du monde et du beau monde : Voormann à la basse, Keltner à la batterie, Harrison à la guitare slide, Hopkins au piano et Curtis au saxo, mais aussi deux membres des Badfinger (Joey Molland et Tom Evans) aux guitares acoustiques, Mike Pinder (ex-Moody Blues) et Steve Brendell aux percussions. Très 70's en tout cas et trop long.

- "Gimme some truth" (Lennon) : On continue dans le militantisme acharné mais cette fois c'est plus léger et percutant. Lennon prend sa voix d'Eddie Cochran énervé et balance à tout va, particulièrement envers les politiques, demandant "la vérité", tout simplement. Une vraie bonne chanson engagée où le débit de paroles rappelle "I am the Walrus" (de même que pour le texte, succession de phrases nominales et de portraits acides). Musicalement, c'est fort avec une superbe lead guitar signée Harrison. On a aussi Voormann à la basse, Alan White à la batterie, Hopkins au piano et le duo Linto-Andy Davis (membre de Stackridge et The Korgis) aux guitares acoustiques. Du très bon Lennon en somme.

- "Oh my love" (Lennon/Ono) : On se calme radicalement avec cette nouvelle splendide ode à l'amour de John pour Yoko. L'intro à la guitare (Harrison toujours) suivie du piano de Lennon est à tomber; puis ce dernier chante avec sa voix la plus douce. La mélodie est une idée de Yoko Ono et elle est tout à fait touchante, tout comme les paroles, d'une belle simplicité : "Oh mon amour, pour la première fois de ma vie, mes yeux sont grand ouvert/Oh mon amour, pour la première fois de ma vie, mes yeux peuvent voir". Le reste n'est que nature, calme et volupté... Lennon parle du ciel, des arbres, du vent... Vraiment très joli et sincère, assurément l'une des plus belles chansons de Lennon en solo encore une fois. Outre nos deux ex-Beatles, on retrouve aussi Alan White à la batterie, Nicky Hopkins au piano et Klaus Voormann à la basse.

- "How do you sleep ?" (Lennon) : Après ce court moment de rêve, nous retrouvons le Lennon revanchard, à l'encontre de son ex-camarade Paul McCartney. Nous avions donc évoqué ce désamour qu'il y avait entre eux à l'époque. John, croyant que Paul l'avait brocardé de manière cachée sur son dernier album, décide de se venger en déversant son fiel dans une chanson entièrement consacrée à l'ex-Beatles. Et il n'y va pas de main morte, avec la complicité amusée de Harrison à la guitare slide (super solo à nouveau). Lennon part donc dans un blues assez lent, avec une voix semi-sirupeuse, semi-mordante. Le texte est aux petits oignons : "Ces débiles avaient raison quand ils disaient que tu étais mort", "La seule chose (bien) que tu aies faite est Yesterday", "Le son que tu produis est de la 'muzak' à mes oreilles", "Comment tu arrives à dormir la nuit ?"... Le résultat est quand même une chanson bien produite, avec une belle orchestration spectorienne, des bons riffs de guitare de la paire Lennon/Harrison, sans oublier une belle participation de Nicky Hopkins au piano électrique, Alan White à la batterie et Klaus Voormann à la basse. Lennon s'est appliqué à enrober son affaire et ça le fait !

- "How ?" (Lennon) : Lennon ponctue heureusement son album par deux jolies chansons consacrées à l'amour uniquement. Ce premier morceau est dans la lignée de "Oh my love" avec des questions existencielles posées de manière un peu ingénue. Légèrement plus rythmée que sa "soeur", elle est de toute beauté également, très bien orchestrée. Lennon s'interroge sur l'amour, ses sentiments et l'avenir à deux avec une jolie pertinence philosophique : "Comment je peux avoir des sentiments quand je ne sais pas ce qu'est un sentiment ?"... Il se plaint à nouveau dans les ponts de cette vie qui est dure, qu'il en a parfois assez... Beaucoup de questions à résoudre donc, mais très bien mises en musique avec notamment la participation de Klaus Voormann à la basse, Alan White à la batterie, Nicky Hopkins au piano et John Barham aux "vibes" (?).

- "Oh Yoko !" (Lennon) : On termine cet album à nouveau avec une belle ode à l'amour donc, dédiée directement ici à Yoko Ono. C'est un morceau très touchant, sur un rythme emballant de bout en bout, dans le mode country à nouveau. Très jolie partie de piano signée Nicky Hopkins, Klaus Voormann à la basse, Alan White à la batterie, Linton et Davis aux guitares acoustiques et The Flux Fiddlers (on ne sait pas trop qui ils sont et ce qu'ils font mais ils sont là !), sans oublier l'harmonica déjanté de Lennon lui-même. Le texte est tout simple encore une fois mais mignon au possible : Lennon appelle sa femme à tout moment (avec Spector en choeur), au milieu de la nuit, d'un bain, d'un rasage, d'un rêve et d'un nuage ! Et son amour pour elle est démesuré. Une très jolie conclusion pour un album intensément sincère.

John Lennon poursuit ainsi sa carrière solo avec sérénité et réussite grâce à ce deuxième album. Dans la lignée du précédent, l'ex-Beatles n'hésite pas à y dévoiler tous ses sentiments les plus profonds, que ce soit en amour ou en rage contre tous les maux du monde. Même si "Imagine" le fait forcément passer pour un pacifiste de premier ordre, on constate qu'il se place plutôt comme un révolté avec les autres chansons fortes de l'album. Il a beaucoup à revendiquer et, comme toujours, il le dit bien, avec des textes acides et très bien ficelés. Tout le monde en prend pour son grade : politiciens, religieux...

A la guitare ou au piano, Lennon est bien présent, entouré d'une pléiade d'artistes confirmés, tous des proches. Harrison illumine la plupart des chansons avec son divin toucher à la guitare tandis que Nicky Hopkins offre un très bon complément à Lennon aux claviers sans oublier l'excellent Alan White à la batterie et Klaus Voormann à la basse. Phil Spector apporte une production très personnelle, pleine d'échos, de volumes sonores et de cordes sirupeuses, tout cela sans abîmer l'aspect brut de certaines des chansons. Enfin on trouve une alternance assez marquée entre morceaux rageux et rythmés (lorgnant du côté de la country et du blues), et morceaux très tendres et touchants (avec ce qu'il faut de cordes spectoriennes).

Au final, on a un album très complet, très travaillé et très réussi. L'amour de John pour Yoko est omniprésent mais intense et inspiré, de même que sa révolte contre le monde perverti. J'ai une préférence pour la simple brutalité du précédent, mais celui-ci en est un excellent complément. Lennon est au meilleur de sa forme (même si on déplore un peu que sa fougue l'ait emporté contre McCartney), tant mieux parce qu'après ça se gâtera peu à peu avec les années...

Les morceaux à retenir : "Imagine", "Crippled Inside", "Jealous Guy", "Gimme some truth", "Oh my love", "How ?", "Oh Yoko !".

jeudi 5 mars 2009

Concert : Oasis - Bercy

Ah Oasis... Un nom désormais mythique dans le giron de la Brit Pop toute puissante, leader de toute une génération qui a notamment grandi dans les années 90.

Ils ne sont plus tout jeunes mais continuent de brasser un large public derrière eux, leurs dernières productions étant tout à fait correctes. Je ne pourrais en dire plus car je ne possède pas grand chose d'eux si ce n'est leur dernier Best of très complet.

Je ne suis ainsi pas un vrai fan pur et dur, loin de là. J'aime beaucoup mais sans aller beaucoup plus profondément pour le moment. Je prends mon temps avec eux même si l'envie me démange de me procurer qques uns de leurs albums, vieux comme récents.

Bref, j'allais donc les voir pour la première fois parce que quand même, ça se fait d'aller assister à un concert d'Oasis tant qu'ils sont encore là, pareil que pour les Stones ou encore Paul McCartney (mais là je suis fan).

Arrivé à Bercy avec ma douce et tendre, première vision d'horreur mais je m'en doutais, une queue absolument gigantesque, presque sans fin, pour la fosse, lieu où nous indiquait d'aller notre ticket. Mais finalement, ça avançait plutôt vite et on était à l'intérieur en 1h, pile pour le début officiel du concert (19h30). En fait, la première partie n'a débuté qu'à 20h... Hmmm... Mais au moins on a pu s'asseoir dans les gradins, donc ça va. Eh oui, c'est ça d'aller voir un concert de rock avec une fille ;-)

Première partie d'une affligeante banalité assurée par le jeune groupe écossais Glasvegas. Du rock lourd avec un chanteur braillant aussi fort que possible, totalement faux. Le guitariste lead et le bassiste s'évertuaient pendant ce temps à balancer leur instrument de bas en haut et à se lancer dans des transes complètement surjouées et artificielles (genre "Oh yeah, on est des rockers !"). Dès le début, il y eut un évènement que l'on ne comprit pas trop de loin, le chanteur, entre deux chansons, se déplaça sur le côté de la scène pour parler ou insulter qqu'un dans le public, je sais pas, mais il se prit une belle volée de huées après ! Je me suis dit que ça commençait mal pour eux... mais finalement ils eurent le droit à une petite mais injustifiée ovation à la fin.

Le seul côté agréable de l'attente d'Oasis fut plutôt leur play-list diffusée dans la salle, avec notamment "Wah-Wah" d'Harrison et "Eleonor Rigby" des Beatles :-)

Puis enfin Oasis débarqua, mené par un Liam Gallagher emmitouflé dans une grosse et longue parka verte qui ne le quitta pas du concert (il mit même sa grosse capuche avant de sortir de scène à la fin !). Déjà, il faut bien le reconnaître, le plus filou des deux frères a vraiment un charisme incroyable, une attitude splendidement rock'n'roll qui fit évidemment le bonheur de tous. Entre deux couplets, il se déplaçait sur la scène, se posant soit dos soit face au public sans bouger mais en recueillant toutes ses faveurs (encore plus quand une jeune fille s'invita sur scène et lui fit la bise avant d'être interceptée par les vigiles). Son micro prit pas mal de coups, finissant régulièrement par terre, ramassé par un pauvre technicien obligé des faire d'incessants allers-retours.

Des techniciens mis à rude épreuve car des problèmes techniques se firent sérieusement irruption pendant le concert. La première fois, le groupe commença une chanson avant de s'arrêter subitement, de reprendre, puis de s'arrêter à nouveau avant de quitter la scène qques minutes, sous les huées du public évidemment. La seconde fois, c'est le micro de Liam Gallagher qui ne marcha plus... Bref, pas terrible, et cela mit une certaine pression sur le groupe qui a tout de même réussi à clore son concert dans de bonnes conditions.

Le concert en question fut donc excellent à part cela. Musicalement, c'était très bon. Outre Noel Gallagher qui est un très bon guitariste, le reste du groupe a très bien assuré, entre le second guitariste, le bassiste, le batteur et la pianiste.

Liam et Noel, pas super bavards mais un minimum, étaient en voix, chantant chacun leurs chansons respectives (Liam sortant de scène lorsque c'était au tour de Noel) dont une bonne partie de leurs plus connues : "Lyla", "Rock'n'roll Star", "Champagne Supernova", "Morning Glory", "Slide Away" (où il y eut le second problème technique...), ... et mes préférées : "The Importance of being idle", "Wonderwall" et "Don't look back in anger"; ces deux dernières furent fantastiques, magiquement reprises par le public tout entier, j'en avais des frissons et presque les larmes aux yeux... C'était très très grand.

Je crois que je peux maintenant dire que j'ai vu un véritable concert de rock, sortant de là tout chamboulé et encore plus régalé par la chanson qu'ils ont interprété pour clore leur show : "I am the walrus" des Beatles. Splendide !

Après un spectacle comme cela, même les problèmes techniques apparaissent bien superflus, et on en redemande encore et encore...

samedi 14 février 2009

Concert : Ayo. - Olympia

Et nous voici de retour dans cette salle magique de l'Olympia pour revoir la magnifique Ayo., un peu plus d'un mois après sa dernière performance dans cette même enceinte.

Sa série de concerts de janvier affichant complet assez vite, les promoteurs n'ont pas hésité à lui redonner une nouvelle salve de concerts (4 de suite contre 3 en janvier, et tous complets à nouveau !) dans la même salle.

Evidemment, je ne pouvais laisser passer cette occasion de la revoir à nouveau, d'autant plus que j'avais été un petit peu déçu par sa récente performance. Comme je l'avais bien imaginé, cette contre-performance était bien due à une amorce de tournée sans doute mal préparée et trop improvisée.

Ce mercredi, tout avait été réparé, et Ayo. a pu ainsi donner un splendide récital.

La première partie a changé, exit Lucky Peterson, bienvenue au franco-camerounais Sango, dans un genre pas très très original malheureusement, entre Corneille et Keziah Jones pour ce que je connais. Il a chanté en français et en anglais et cette dernière langue lui allait vraiment beaucoup mieux car il était un peu trop sirupeux dans la première. Il n'est pas resté bien longtemps sur scène mais fut tout à fait sympathique.

Puis Ayo. fit son apparition, faisant frissonner toute la salle de sa douce voix et ses "Ayo yo yo yo yo...". Il y a bien qque chose que l'on ne peut pas lui reprocher, ce sont ses entrées, à chaque fois pleines de charme et de douceur.

Première très bonne surprise par rapport au mois dernier et même aux concerts précédents, outre son excellent groupe, une section de cuivres (une trompette, un saxophone et un trombone) s'y est ajoutée, apportant une nouvelle touche à ses chansons.

Comme la dernière fois, elle a enchaîné trois chansons d'affilée avant de prendre le temps de parler un peu au public. Elle n'a pas changé ses habitudes, toujours aussi sincère et naturelle, touchée par le merveilleux accueil d'une très bonne audience.

Alors, pour le remercier, elle n'a pas hésité à renforcer sa proximité avec lui en venant à nouveau se fondre parmi la foule de la fosse. Elle m'a bluffé puisque pour une fois, elle est arrivée par l'arrière de la salle et je me suis retrouvé face à elle qques secondes, les yeux remplis d'admiration pour la frêle jeune femme à la voix si adorable. Tout le monde était aux anges bien entendu.

Pour le reste, pas mal de nouvelles choses, les chansons de son nouvel album sont mieux exploitées et plus nombreuses à être jouées. Le piano était là à nouveau pour "Better Days" mais cette fois sans faire balourd.

Les séquences de liberté musicale sont toujours aussi nombreuses, et Ayo. se fait toujours un plaisir d'offrir qques pas de danse au public. Cette fois-ci, c'était moins personnel que la dernière fois mais ces moments restent un peu longuets et on aimerait quand même qu'elle chante plus même si le talent de ses musiciens n'est pas à renier. A chaque fois qu'elle en présentait un, celui-ci exécutait un solo à rallonge avec son instrument et on se demandait parfois quand est-ce que cela allait se terminer ! Elle-même semblait parfois un peu décontenancée par ces improvisations ! Donc ça reste le point un peu controversé...

Puis il y eut ce tout petit rappel, où elle n'a joué que "Lonely". Bien sûr, j'étais très heureux car c'est ma chanson préférée de son deuxième album mais généralement elle va plus loin que ça. A mon avis, c'est sans doute l'heure tardive qui a joué en notre défaveur. Cela faisait déjà plus de 2h30 qu'elle faisait le show, il était temps de plier bagage...

Ainsi, Ayo. a terminé sa tournée française là où elle l'avait commencé, avec un show beaucoup mieux calibré et rythmé, laissant toujours une bonne place pour l'impro même si parfois, il y en a un peu trop. Le spectacle fut tout de même splendide, avec une artiste toujours aussi libre et généreuse, et sa section de cuivres apporte vraiment une belle dimension supplémentaire.

J'ai aperçu qu'elle allait désormais s'attaquer à des salles plus grandes, c'est dans la logique des choses mais j'espère que cela ne nuira pas pour autant à sa musique si appréciable en petite et moyenne salles.