mardi 25 mars 2008

Artistes Divers - "The Bodyguard" Original Soundtrack Album (1992)

Ah je vous entends d'ici vous moquer de moi ! Eh bien oui, j'ai dans ma discothèque cet objet : la bande originale du film "The Bodyguard", film nunuche au possible mais culte malgré tout pour toute une génération ! (Je l'ai acquis grâce à la fusion de ma discothèque et de celle de Sei qui regorge de choses comme cela, ça promet !)

En effet, "The Bodyguard", c'est Whitney Houston au sommet de sa gloire, pour son premier film, avec le privilège de jouer aux côtés du beau Kevin Costner, lui aussi en pleine grâce en ce temps-là.

On passera rapidement sur le film qui raconte donc l'histoire d'amour entre une chanteuse (Whitney dans son presque propre rôle) et son garde du corps (Kevin) alors que la première est menacée par un dangereux psychopathe pilotée par sa propre soeur si je me souviens bien.

A belle histoire, belles chansons me direz-vous, eh bien oui, si on veut. Whitney Houston s'accapare la moitié de la B.O. dans un registre soul qui coule bien daté de cette époque et le reste est du même acabit.

Rien de bien spécial dans le livret qui nous donne la liste détaillée des chansons avec la photo de leur interprète mais aussi leurs paroles, ainsi que qques photos du film. La pochette reprend l'affiche du film sans doute.

Voyons donc un peu ce que cela donne...

- "I will always love you" (Parton) : C'est en m'intéressant un peu plus à cette chanson que j'ai découvert qu'elle n'était pas du tout à mettre au crédit de Miss Houston. Non non, ce tube monstrueux est l'oeuvre originale de la chanteuse Country non moins célèbre, Dolly Parton, qui l'a composée au début des années 70. On reviendra peut-être un jour sur son interprétation chevrotante à laquelle on préfère largement celle de Whitney, tout en puissance. Malgré un affreux solo de saxophone typique de cette époque révolue (joué par Kirk Whalum, saxophoniste renommé pourtant), Houston apporte une belle fluidité et une tonalité soul bienvenue. Alors oui, elle se met bien à hurler au bout d'un moment et les séquelles ont été terribles parmi les spectateurs de karaoke et autres télé-crochets. Cependant, Whitney est le maître-étalon. Tout cela est produit par l'obscur David Foster, qui fait de la figuration dans le film. Pour finir, les paroles sont plutôt attendrissantes : la narratrice dit en fait au revoir à son bien-aimé pour des raisons un peu inexpliquées. Elle lui souhaite une belle vie et de l'amour, en lui rappelant bien entendu qu'elle l'aimera pour toujours ("I will always love you"...).

- "I have nothing" (Foster/Thompson) : On reste dans la soul romantique avec cette chanson composée à la fois par le producteur David Foster et Linda Thompson, actrice, chanteuse et ancienne compagne d'Elvis Presley (rien que ça !). Whitney Houston impose à nouveau sa puissance modérée, sans en faire trop, bien dans son cadre soul. On regrettera encore certains arrangements, notamment cette orchestration synthétisée absolument hors d'âge. Les paroles décrivent une âme tourmentée par l'amour qui tient à rester auprès de son bien-aimé parce qu'elle n'a rien sans lui ("I have nothing if I don't have you"). Reste que cette chanson a quand même été nominée pour le Grammy Award et l'Oscar de la meilleure chanson.

- "I'm every woman" (Ashford/Simpson) : Voici à nouveau la reprise d'un grand tube, cette fois d'une chanson interprétée à l'origine par Chaka Khan en pleine période disco (et Whitney Houston faisait partie des choeurs !). Elle avait été écrite par un couple de compositeurs issu de la Motown qui a contribué à beaucoup de succès de chanteurs soul et disco, tels Diana Ross. Remis au goût du jour 90's, ça commence pas mal, doucement, mais après, c'est terriblement raté avec percussions et synthés tous plus horribles les uns que les autres. On a droit à un des prémices de l'affreux R'n'B qui va oeuvrer et qui oeuvre encore sur le monde aujourd'hui. Cette horreur est produite par un certain Narada Michael Walden qui reçut le prix de la B.O. de l'année 1993 pour cet album et qui a produit notamment Mariah Carey et Aretha Franklin. En ce qui concerne les paroles, c'est pas très clair mais en gros, la chanteuse dit qu'elle est toutes les femmes et donc qu'elle peut forcément arriver à plaire à l'homme qu'elle vise... hem hem...

- "Run to you" (Rich/Friedman) : Avec ce titre, on tombe dans le sirupeux complet avec un accompagnement synthétisé au possible et une Whitney Houston pas très inspiré et qui fait trop de "ouh ouh ouh" pour moi. Les paroles sont du même ordre, celles d'une jeune femme déclarant son amour pour un homme, elle veut "courir jusqu'à lui" ("Run to you"), elle a besoin de lui, elle veut qu'il la protège, etc... Du très classique. Bon mais elle s'interroge aussi, de savoir s'il voudra bien rester avec lui ou bien se barrer bien loin d'elle ! Ce sont Allan Rich et Jud Friedman, deux compositeurs de musique de films, qui ont commis cette soupe... blurp !

- "Queen of the night" (Houston/Reid/Babyface/Simmons) : Morceau beaucoup plus funky ici, très inspiré de Michael Jackson. Whitney Houston fait, pour la première fois dans cet album, valoir ses compétences sur une chanson un peu plus rythmée et tonique. C'est très répétitif et hurlant mais ça reste assez correct. Cette chanson a été composée entre autres par le célèbre duo L.A. Reid-Babyface très connu dans le milieu soul-R'n'B, Daryl Simmons fait partie de cet entourage aussi. A noter également que Whitney Houston est également créditée sur ce titre, sans doute pour les paroles qui sont assez pauvres. Elle dit en gros qu'elle est la Reine de la nuit ("Queen of the night"), qu'elle a tout pour elle et donc qu'il faut pas trop venir l'ennuyer. Super.

- "Jesus loves me" (Warner/Bradbury) : Il s'agit ici d'une reprise d'un morceau religieux apparemment connu aux Etats-Unis, écrit au XIXème siècle. La musique est de William Bradbury et Anna B. Warner y a adapté des paroles. Cette dernière ne s'est pas foulée car le texte consiste à dire tout au long du morceau "Jésus m'aime, c'est la Bible qui le dit". Je ne connais pas la version originale mais en tout cas, cela a été remis au goût du jour de l'époque, avec force de synthés sirupeux. Ce n'est même pas du gospel et on s'ennuie pas mal malgré la bonne volonté de Whitney Houston. Le guitariste Paul Jackson Jr (très connu dans le monde du R'n'B) aurait participé à la chanson mais on n'entend guère sa guitare... Dans les choeurs, on retrouve deux chanteurs de gospel, BeBe Winans et Claude McKnight III, ainsi que l'acteur Alvin Chea. C'est le dernier morceau de Whitney Houston sur l'album.

- "Even if my heart would break" (Golde/Gurvitz) : ça commence mal avec le saxophone bien mielleux de Kenny G, comme à l'époque... ça n'évolue pas plus, restant dans la chanson câline jusqu'au bout avec la voix bien douce et R'n'B d'Aaron Neville. Le texte est gnangnan à souhait : le narrateur chante à sa belle qu'il a été partout dans le monde et qu'il n'a trouvé le paradis que dans ses yeux... ou encore que même si c'est l'hiver en eden (?), quand il est avec elle, c'est l'été dans son coeur... Rrrrrrrrrrr... Et le refrain reprend le titre : "Même si mon coeur se brise, je t'aimerai toujours...". Les auteurs de ce morceau sont les obscurs Franne Golde, qui a écrit pour pas mal d'artistes différents du même genre (Céline Dion, Cristine Aguilera...), et Adrian Gurvitz.

- "Someday (I'm coming back)" (Stansfield/Morris/Devaney) : Ce titre est dû à Lisa Stansfield, chanteuse britannique de R'n'b qui a navigué entre les 80's et les 90's. Son morceau est ici un peu rythmé mais à la fois bien pataud à cause d'une orchestration mêlant sons électroniques et saxophone horrible (ça commence à faire beaucoup là...). Quand on écoute ce titre, on a l'impression d'écouter un condensé de r'n'b du début des 90's, fade et ennuyeux, et surtout qui ne se démarque absolument pas du reste. En fait, ce morceau a été composé par le trio du groupe des années 80 "The Blue Zone" : Lisa Stansfield, Ian Devaney, son futur mari, et Andy Morris. Ils ont connu le succès à ce moment-là mais ce fut assez furtif. Les paroles de cette chanson s'adresse à l'homme qu'elle aime, qui l'a quitté. La narratrice lui déclare qu'un jour elle reviendra et qu'en fait, elle n'attend qu'un geste de sa part pour revenir... Ouais ben c'est pas avec cette chanson qu'elle va le faire changer d'avis ! :-(

- "It's gonna be a lovely day" (Withers/Scarborough/Clivilles/Cole/Never/Visage) : Toute une clique de personnes pour produire un morceau simili rap-r'n'b qui sent bon les 90's. C'est l'obscure Michelle Visage qui apporte sa voix douce et sensuelle sur ce titre des non moins obscurs "The S.O.U.L. S.Y.S.T.E.M."... Je n'ai trouvé aucun information sur ce groupe qui semble être un collectif électro de l'époque avec notamment aux manettes Robert Clivilles et David Cole. Cependant, si j'ai bien compris, cette chanson est du fameux chanteur soul Bill Withers pour les paroles je pense et Skip Scarborough pour la musique, remise donc au goût du jour par le groupe pré-cité. Le résultat est une bouillie difficile encore une fois à discerner du reste des choses de ce genre produites à cette époque. La chanteuse émet qques éclats de voix à la fin mais passe le plus clair de la chanson à murmurer une sorte de rap soft sur une musique électro naze. Le texte est plutôt élaboré, la narratrice (à l'origine un homme) déclarant sa flamme à son bien-aimé, lui indiquant, en gros, que si elle est avec lui, elle est certaine que la journée sera belle. En écoutant cela, ce n'est vraiment pas un beau jour pour nous !

- "(What's so funny 'bout) Peace, love and understanding" (Lowe) : Un peu de rock avec ce titre interprété par Curtis Stigers, ex-chanteur pop des années 80 devenu crooner de jazz depuis. Cette chanson, de Nick Lowe (ex-Kippington Lodge et Rockpile), a connu un gros succès grâce à sa reprise par Elvis Costello. Ici, ça change complètement du reste de l'album pour le moment. On est dans le country-rock assumé, rythmé et entraînant avec un peu de saxo mais pas trop, toujours dans l'air du temps. Stigers a une bonne voix, intéressante, un peu à la Joe Cocker mais plus nasillarde et moins puissante. Pour les paroles, je fais l'impasse, j'en ai pas trop compris le sens ;-)

- "Waiting for you" (Kenny G) : Le saxophoniste Kenny G est de retour avec cet instrumental. C'est aussi doux que c'est mou, avec évidemment le saxophone en tête d'affiche. C'est donc horriblement sirupeux et daté. On a l'impression d'avoir entendu ce thème dans toutes les séquences "émotion" de tous les films des années 80-début des années 90...

- "Trust in me" (Midnight/Swersky/Beghe) : La dernière chanson (mais pas le dernier titre) de l'album est interprétée par Joe Cocker, avec à ses côtés, essentiellement pour les refrains, la chanteuse canadienne Sass Jordan. Cette dernière a connu qques succès d'importance dans les 90's et a fait partie du jury de la version canadienne de "Pop Idol". Ce morceau a été composé exclusivement pour la B.O. du film et c'est pas plus mal. Je n'ai pas d'informations sur les auteurs de celui-ci sinon que Charlie Midnight est l'auteur de plusieurs autres B.O.. Ici, rien de bien neuf au pays de Joe Cocker qui, toujours avec force et retenue, nous interprète une chanson pop-rock assez banale. Il clame à sa belle de lui faire confiance, qu'il sera toujours là pour elle quand elle aura besoin.

- "Theme from The Bodyguard" (Silvestri) : On finit l'album en sombre douceur avec ce thème qui fait probablement office de générique de fin au film et qui ressemble à tous les génériques de fin possible, absolument banal. Son compositeur, Alan Silvestri, est d'ailleurs un spécialiste des musiques de films puisqu'il en a écrit vraiment beaucoup depuis le milieu des années 80, dans tous les styles, de "Predator 2" à "Stuart Little 2" !

On ressort un peu épuisé de cette bande originale je dois dire. Tout comme le film, les chansons qui vont avec sont malheureusement très marquées par leur époque de composition et on échappe quasiment jamais, soit aux solos de saxophone, soit aux prémices d'un R'n'b médiocre et synthétique.

Les chansons de Whitney Houston sont donc assez variées mais aucune n'arrivent à la cheville de l'impeccable chanson-phare du film, "I will always love you", qui en arrive elle à dépasser sa version originale. Pour le reste, c'est pas plus varié non plus, restant dans la tonalité du film, soul-r'n'b. Il y aurait sans doute moyen de faire mieux aujourd'hui.

Ainsi, c'est le genre de film que l'on peut aimer si on veut mais dont il n'est vraiment pas nécessaire de se procurer la B.O. qui va avec comme l'a fait ma délicieuse compagne ! ;-)

Les morceaux à retenir : "I will always love you", "(What's so funny 'bout) Peace, love and understanding".

dimanche 23 mars 2008

Acoustic Ladyland - Last Chance Disco (2005)

Acoustic Ladyland est, selon mes sources, un récent collectif de musiciens anglais qui a créé un gros buzz outre-Manche ces dernières années à l'aide de deux albums très remarqués.

J'ai en ma possession le deuxième, "Last Chance Disco". Il m'a été offert un peu par hasard lors de mon stage à Libération par une journaliste qui se débarrassait de ses "cadeaux" promotionnels. Je n'ai pas voulu refuser...

Puis la pochette de cet album m'a tout de suite intrigué et plu : on y voit le corps sans tête d'une jeune femme en tenue de soirée et talons aiguilles, cambrée, avec, en lieu et place d'un boulet de bagnard attaché à son mollet, une boule à facettes. Très symbolique et très esthétique.

A l'intérieur du disque, sans livret, une photo des quatre musiciens, en costume et regardant tous vers le haut : Sebastian Rochford aux percussions, Tom Herbert à la basse, Peter Wareham au saxophone et Tom Cawley aux claviers. Pas de guitare...

Eh non, parce que je ne l'ai pas encore précisé mais Acoustic Ladyland, c'est du jazz. Enfin ce serait très réducteur de se cantonner uniquement à ce genre mais c'est la tonalité principale de leur musique qu'ils développent en même temps vers d'autres sonorités : pop, rock, funk... Enfin voilà, c'est pas du jazz à papa, ça vogue constamment sur des ondes éclectiques et actuelles.

Par ailleurs, même si le contenu de cet album est très (trop) homogène, il est impossible de s'ennuyer tellement le rythme est élevé, le saxo rageur et le tout extrêmement festif.

Alors voyons un peu ce que cela donne, piste par piste...

- "Iggy" (Wareham) : ça commence très fort avec ce morceau dédié sans doute à Iggy Pop ! Le saxophone est le leader de ce titre, se lançant dans un solo phénoménal du début à la fin, entraînant derrière lui une fureur de basse et percussions.

- "Om Konz" (Wareham) : C'est la basse qui introduit merveilleusement bien ce morceau, suivi du clavier de manière épileptique et très rythmée. Le saxophone suit ensuite, toujours avec ce son déraillé qui fait la particularité de la plupart des morceaux de l'album. Cela peut paraître assez agaçant à la première écoute mais on finit par s'habituer puis finalement apprécier cette sonorité bien particulière. Ce titre est dédié au compositeur Olivier Messiaen et au groupe les Yeah Yeah Yeahs.

- "Deckchair" (Wareham) : Morceau très funky avec à nouveau une très jolie basse et un saxophone qui mène la danse avec ce son velouté et grinçant à la fois. On a droit à un thème récurrent, répété constamment avec qques intermèdes plus doux. La fin est même particulièrement hard rock !

- "Remember" (Wareham) : Un peu de douceur avec ce titre dont le saxophone vient à nouveau rompre la monotonie. La suite s'accélère légèrement avec un rythme lorgnant du côté du rock tout en restant constamment très sombre, moins plaisant donc que les précédents.

- "Perfect Bitch" (Wareham/Wareham) : Allez, on reprend un peu de rythme avec ici un morceau chanté ! C'est très jazzy, très entraînant avec claquements de mains et saxophone tonitruant. Le titre du morceau est suffisamment évocateur pour savoir de quoi ça parle...

- "Ludwig Van Ramone" (Wareham) : Titre au rythme soutenu à nouveau mais dont on apprécie particulièrement les périodes plus calmes avec un superbe thème de saxophone, proche de morceaux déjà entendus par le passé, années 80 notamment. Hommage à Beethoven et aux Ramones (ou Phil Ramone ?) ?

- "High Heel Blues" (Wareham/Wareham) : Au vu du titre, on peut penser qu'on aura le droit à un blues de saxophoniste, il n'en est rien, c'est au contraire très rock, tendance hard à nouveau. Le saxophone part dans un tourbillon complet, proche d'un solo de guitare électrique à l'extrême.

- "Trial and error" (Wareham) : On se calme un peu avec ce morceau bien charmant, un peu mélancolique, avec un joli duo basse-saxophone, accompagnés d'une batterie légère. Le clavier arrive plus tard, et ajoute encore un peu plus de légèreté. Mon morceau préféré ? Il y a des chances...

- "Thing" (Wareham) : Encore du lourd et du gros son pour ce titre et le saxophone rejoint les graves de la basse et de la batterie, s'alignant sur leur même rythme. Puis vient le clavier saturé qui adoucit tout cela. ça sonne à nouveau très rock et ça fonctionne pas mal.

- "Of you" (Wareham/Rochford) : Retour au funk jazzy avec ce morceau bien pêchu dont on apprécie particulièrement la basse. La structure est au départ de facture assez classique avant de partir complèment en vrille presque improvisée.

- "Nico" (Wareham) : Un très joli thème pour finir. Une rengaine jazzy-pop initiée par le saxophone pour une fois mesuré, et très bien accompagné par le reste de la troupe. ça commence doucement avant de s'enflammer par la suite.

A l'écoute de cet album, on retient donc la grande qualité de ses musiciens et surtout la prépondérance du saxophone. Mais on ne s'en étonne pas en constatant que c'est son utilisateur qui a composé tous les morceaux du disque.

Autant parfois il semble se mettre un peu trop en avant avec toujours plus de surenchère aigüe, autant il sait rester modeste et simple accompagnant dans certains morceaux plus calmes. Mais c'est bien lui le leader, celui qui est le chef d'orchestre de ce joyeux groupe. S'ils avaient été des rockers, ce saxophone se serait mué en guitare électrique car c'est véritablement son rôle ici.

Son omniprésence peut donc heurter nos oreilles chétives au premier abord mais sa place est finalement gagnée parce qu'il sait varier ses sonorités et il apporte finalement beaucoup à chaque morceau qui gagne en profondeur.

Acoustic Ladyland a donc parfaitement réussi à traverser les frontières du jazz pour aborder avec pertinence celles du funk, de la pop et du rock notamment. Il est d'ailleurs assez difficile de classer leur musique. En tout cas, l'essai est globalement réussi et on en redemande.

Les morceaux à retenir : "Iggy", "Om Konz", "Deckchair", "Perfect Bitch", "Ludwig Van Ramone", "Trial and error", "Nico".

mercredi 12 mars 2008

Paul McCartney - McCartney (1970)

Paul McCartney aura été le plus malin pour faire la promotion de son premier album solo. En effet, il a profité de l'annonce officielle de la séparation des Beatles, déclarée par lui-même, pour annoncer, par la même occasion, la future sortie de son oeuvre. Faible compensation pour les fans peut-on penser, puis c'est un peu narcissique aussi. Mais nous ne sommes pas là pour commenter cette tragique et controversée séparation.

La première oeuvre solitaire de McCartney, intitulée sobrement (mais un peu narcissiquement quand même) de son seul patronyme, est marquée, comme pour Lennon, par la rupture de style, le dépouillement et l'introspection. L'ex-Beatles a en effet choisi d'enregistrer son album en toute intimité, entre sa ferme écossaise et les studios d'Abbey Road en catimini, et surtout tout seul, jouant de tous les instruments.

La particularité de "McCartney" est également d'être une oeuvre hybride, mêlant chansons et morceaux uniquement instrumentaux. Paul McCartney a lui aussi resorti des fonds de tiroir, des titres non aboutis ou bien refusés par les autres Beatles auparavant. Les tonalités sont très variées et cela restera l'une des marques de fabrique de cet immense artiste. L'ambiance de l'album change à chaque morceau, mais globalement, on ressent tout de même un certain vague à l'âme, compensé par son amour fort pour Linda qui lui permettra d'écrire les chansons phares de cette oeuvre mineure, mais intéressante.

La pochette est très belle, c'est à noter car ce n'est vraiment pas le fort des albums de Sir Paul. C'est une photo mais on dirait un tableau. Une planche de bois (?) blanche sur un fond noir, sur cette planche, un bol avec du jus de groseilles dedans et des groseilles éparpillés tout autour. Cette image n'a rien à voir avec le contenu je pense mais on note tout de suite le côté rustique, simple et dénudé. A l'intérieur du livret, uniquement des photos prises dans des endroits différents, en Ecosse notamment, avec un Paul plus ou moins barbu, seul ou en famille, avec Linda et leurs enfants. On comprend alors à nouveau l'état d'esprit de McCartney pendant cette période, se réfugiant auprès de ses proches pour évacuer les tensions de la séparation. Il paraît serein et heureux sur les photos, une façade ?

Il est temps maintenant de rentrer à l'étable pour analyser tout cela...

- The Lovely Linda (McCartney) : Pour bien débuter cet album, une petite ode légère et animée pour Linda, sa tendre épouse. Le morceau dure moins d'une minute, ça va droit à l'essentiel : "la la la la la la Jolie Linda, avec de jolies fleurs dans les cheveux...", une jolie petite voix enamourée, une jolie petite mélodie et un Paul rieur comme un petit garçon en conclusion... Just lovely !

- That would be something (McCartney) : On reste dans le simplissime avec cette petite ballade dont les paroles se résument à : "ça serait qque chose de te rencontrer sous la pluie maman". A partir de ce court texte, McCartney développe son idée musicale, un peu comme le "Why Don't we do it in the road" des Beatles. McCartney accélère le rythme, chante plus fort, imite le bruit de la batterie avec sa bouche, pousse des cris... On le sent bien tout seul en homme orchestre sur ce titre qui ne déplaisait pas à George Harrison (au contraire de tout le reste de l'album !). Mais malgré les qques jolies phrases instrumentales (notamment à la basse), le résultat ressemble plus à une démo fignolée à la va-vite et sans but précis, tournant en rond sans jamais vraiment décoller comme dans la chanson que j'ai cité en référence plus haut.

- Valentine Day (McCartney) : Premier morceau instrumental de l'album, McCartney s'essaye plus ou moins au petit rockabilly avec une lead guitar pas trop mauvaise mais le tout reste encore très bancal et il n'y a même pas de fin ! ça se termine après 1 min 35 de petit boeuf solo et on ne peut imaginer cela comme un cadeau suffisant pour la St Valentin. Au moins Paul nous aura mis en condition pour la chanson suivante...

- Every Night (McCartney) : L'une des rares perles de cet album et en plus, une perle intemporelle. Voilà enfin une vraie chanson et qu'elle est magnifique. On tient là le vrai Paul McCartney, l'un des plus grands compositeurs de musique contemporaine. Il compose ici une jolie ballade, des plus romantiques, des plus touchantes. Dans le texte, le narrateur dit à sa belle que d'habitude il a besoin de bouger, de sortir, changer d'air, s'amuser, mais que, ce soir, il veut rester passer la soirée avec elle, tout simplement. Tout y est fluide, des paroles jusqu'à la musique, la mélodie et que dire de ces irrésistibles "ouh ouh ouh ouh"... ?

- Hot as sun/Glasses (McCartney) : Après ce pur moment de bonheur, retour aux instrumentaux avec ce morceau plutôt joyeux et ensoleillé comme l'indique à peu près le titre. La mélodie, simple et jolie, fait très carte postale, fête foraine et est beaucoup plus aboutie que celle de "Valentine Day". La fin reste toutefois mystérieuse avec ces sons glaçants et cet autre petit bout de chanson inédite qui vient s'y coller...

- Junk (McCartney) : Après ces moments d'amour et de joie, place à la mélancolie avec un morceau refusé par les autres Beatles. Malheureusement, on a envie de dire que ses ex-camarades étaient plutôt dans le vrai car ici, ça sent la mièvrerie à plein nez, surtout dans le chant, à moitié étouffé et dans les aigüs. Le texte parle d'une sorte de brocante où se trouve des objets que l'auteur qualifie de "déchets" qu'une pancarte invite à acheter mais dont les objets se demandent pourquoi justement... C'est un peu alambiqué mais quand on y regarde de plus près, il y a une vraie poésie dans ce texte dont on regrettera la mise en musique, un peu trop platounette.

- Man we was lonely (McCartney) : Encore un peu de morosité dans cette chanson malgré son petit rythme entraînant, la très jolie voix de Paul et les plaisantes interventions de Linda en choeur. Le solo doublé de guitare est raté mais les ponts sont vraiment agréables. Pour le texte, eh bien nous avons un narrateur qui, en gros, raconte qu'il était solitaire par le passé mais que maintenant, il est de retour au foyer et que ça va mieux. Encore une chanson où l'on a quand même l'impression que Paul ne s'est pas foulé et qu'il remplit comme il peut les cases vides de son album.

- Oo You (McCartney) : Retour à la pop roots avec ce morceau malheureusement trop lent et soigné. Avec un rythme plus élevé, un peu plus de conviction dans le chant (même si ça s'améliore au milieu...), on aurait pu avoir le droit à un très bon titre. Là on sent que McCartney ne sait pas trop où il veut mettre les pieds, dans le blues ou bien un rock plus affirmé. C'est entre les deux et c'est donc assez indéterminé. Dommage... Quant aux paroles, elles parlent d'une personne qui ressemble à une femme, habillée comme une demoiselle et qui parle comme un bébé...

- Momma Miss America (McCartney) : Assurément le meilleur instrumental de l'album, bien rythmé et péchu comme il faut. On a une super basse, un super piano, une bonne batterie, une guitare sympa, ça commence idéalement. On sent vraiment que Paul s'amuse bien derrière chaque instrument et qu'il y croit. La mélodie est vraiment bonne, elle balance bien et les "wouhou" intempestifs de Paul nous donnent encore plus de plaisir. Puis ça s'arrête subitement et un autre morceau très différent vient se coller à la première partie. On revient à du très classique avec une guitare électrique affirmée, une basse un peu perdue et une batterie en roue libre. Le piano revient en fin de partie, donnant un peu plus de profondeur à la chose mais sans nous convaincre autant que la première partie.

- Teddy Boy (McCartney) : Encore une des chansons rejetée par ses ex-compères et qui fait donc son apparition sur cet album. On retrouve ici le McCartney conteur, inventeur d'histoires tendres et farfelues. Ici, c'est l'histoire de Ted le Teddy Boy (mauvais garçon des années 50-60) qui aime désespérément sa mère et qui promet de la protéger jusqu'à ce qu'elle se mette avec un autre homme (son mari est mort) et Ted, ne pouvant supporter cette situation, s'enfuit. Mais il reviendra bien vite dans les bras de sa maman qui se met elle aussi à lui promettre de rester avec lui. Jolie mélodie et texte mignon donc dont Lennon se moqua gentiment. C'est vrai que c'est gentillet mais ça fonctionne bien. Paul sait très bien mettre les histoires en musique et même si ça nous emballe pas autant que son terrible "Rocky Racoon" ou encore le délirant "Maxwell's Silver Hammer", y a des bonnes idées, dont les jolis choeurs de Linda.

- Singalong Junk (McCartney) : Procédé qui sera utilisé dans d'autres albums suivants, McCartney nous propose une version instrumentale d'une chanson précédente. Avec "Junk", ça marche du tonnerre, on a le droit à une superbe petite mélodie, très soignée et agréable à souhait. Pour le coup, on se dit que ce morceau était mieux sans texte... La guitare est douce, la batterie jazzy et le piano magnifique. McCartney s'affirme à nouveau ici comme un très grand mélodiste, raffiné comme il faut.

- Maybe I'm amazed (McCartney) : S'il ne fallait retenir qu'un seul morceau de cet album, ce serait assurément celui-là (malgré "Every Night"...) car c'est LA chanson phare, celle qui éblouit et met en valeur le tout. Enfin dans cet album, Paul a trouvé la puissance juste, le son parfait dans un morceau pourtant complètement déstructuré. La sincérité de son chant nous met en émoi et nous touche profondément, c'est une nouvelle déclaration d'amour à Linda et elle est superbe. Le texte s'accoutume parfaitement à la musique : Paul est surpris de tout l'amour que Linda lui porte et réciproquement... Il s'interroge, peut-être est-il seulement un homme très seul, au milieu de nulle part et qu'elle est la seule personne à pouvoir l'aider... La seule à pouvoir lui faire comprendre les choses, à l'aider à chanter ses chansons et à le remettre dans le droit chemin. Ainsi, il ne devrait pas être surpris ("amazed") de voir combien il a besoin d'elle et il a donc très peur de la perdre. Le piano-voix marche à merveille, sans oublier cette guitare électrique enflammée, très grand morceau de bravoure d'un Paul qu'on ne connaissait pas si bon soliste. La qualité de cette chanson est indéniable, se trouvant une place vraiment unique au sein de cette oeuvre dépareillée.

- Kreen-Akrore (McCartney) : Pour finir l'album, un dernier instrumental où c'est la percussion qui est mise en avant. Une guitare électrique vient s'élancer elle aussi, très jolie, avec des bruitages de jungle (cris de singe...). On devine donc une inspiration africaine avec des choeurs profonds, mystérieux. Le morceau est assez déstructuré avec une fin où on entend un Paul à bout de souffle, semblant mettre ses dernières forces sur ses fûts avant que la guitare ne revienne conclure le tout. Mais globalement, cela ressemble plus à une improvisation sur percussion par, malheureusement, un non-percussioniste...

Les critiques de cet album furent mitigées et son succès ne se dut qu'à la célébrité de son auteur et au fait que ce soit son premier album solo (donc curiosité des fans...). Mais Paul McCartney reconnut le caractère mineur de cette oeuvre qui peut être vue comme une transition dans sa carrière. Pourtant, son album ressemble un peu à un album des Beatles pour certaines chansons et sonorités mais pas tellement à un futur album des Wings, car trop dépouillé.

On ne sait pas vraiment ce qu'attendait l'ex-Beatles de ce disque mais parfois, on a quand même l'impression qu'il voulait juste faire patienter les fans avant la sortie de qque chose de plus abouti et ainsi surtout pour être le premier ex-Beatles à sortir un album, pour s'attirer tous les projecteurs. C'est un peu le sentiment qui domine.

Malgré tout, ce premier opus d'une très longue carrière solo regorge aussi de jolies choses à ne pas négliger et surtout de pépites extraordinaires qui en font, malheureusement, son unique force car la variété des titres ne suffit pas tellement ils sont souvent pauvres. Ces pépites, ce sont les deux seules chansons qui auront réussi à survivre et à traverser les années : "Every Night" et "Maybe I'm Amazed". Il lui aurait donc suffit d'un single et il aurait gagné tout le monde à sa cause...

Les morceaux à retenir : "The Lovely Linda", "Every Night", "Momma Miss America", "Maybe I'm Amazed".

jeudi 28 février 2008

John Lennon - Plastic Ono Band (1970)

Au contraire de George Harrison qui, dès la libération des Beatles venue, pondit un gros triple album bien riche et consistant, John Lennon envisagea l'évènement d'une manière complètement inverse.

C'est sa thérapie du "Cri Primal" qui influença grandement son futur premier album solo. Je ne pourrais vous expliquer clairement ce que c'est mais disons que, il me semble, il s'agit d'une méthode d'apaisement de l'esprit par le cri. On crie pour libérer ses sentiments, ses mauvaises ondes, tout ce qui ne va pas. Dans le couple Lennon-Ono, on doit tout de même avouer que c'est certainement Madame qui a le mieux appliqué la leçon. ;-)

Donc Lennon, après qques singles plus ou moins solos ("Instant Karma !", "Give Peace a Chance"), livre un album qui lutte avec acharnement au titre de meilleur album solo de l'un des Beatles avec l'Oeuvre de Harrison. Mais difficile de comparer tellement ils sont aux antipodes l'un de l'autre.

Avec "Plastic Ono Band" (le nom du super groupe formé par Lennon après les Beatles le temps de qques singles et concerts), Lennon Super-Star retrouve John, retrouve qui il est, son moi perdu depuis plusieurs années dans les méandres du show business. C'est John qui chante et il le fait savoir dans plusieurs morceaux. John est là, mais Yoko aussi. Voici John et Yoko pour la première fois, livrant leur premier bébé de la décennie 1970.

Pour ce faire, Lennon s'attache les services de l'éternel Phil Spector à la production (qui n'en fera pas des tonnes, bien au contraire !), l'ami Klaus Voormann à la basse, Ringo Starr à la batterie, prouvant ici qu'il est un très très grand artiste dans ce domaine. Billy Preston viendra donner un coup de main sur un titre.

Cet album, c'est donc le retour aux sources pour John. Pas les sources musicales (il le fera plus tard) mais des sources vitales, philosophiques. C'est le retour à l'état de nature, il quitte le star system. La jolie pochette illustre bien cet état d'esprit : on y voit un pré, un grand arbre au pied duquel John se repose sur le ventre de Yoko. Rien de plus simple.

La version que je possède date de sa réédition remasterisée donc je ne sais pas trop ce qui est original dans le livret. On y retrouve les textes manuscrits des chansons accompagnés de photos de John avec ou sans Yoko. Au dos de la pochette, on retrouvait une photo de John Lennon petit garçon.

Vous avez compris, c'est dépouillé, c'est brut, c'est à fleur de peau, c'est John, tout simplement...

- "Mother" (Lennon) : ça comment par un gros son de cloche, une oraison funèbre sans doute... c'est glaçant, effrayant. Puis la voix de John arrive soudain. Cette chanson représente l'album à elle toute seule, c'est assurément l'une des plus poignantes jamais écrites par Lennon. Quand ce dernier touche à son enfance, ça finit toujours en chef d'oeuvre ("In my life", "Strawberry Fields Forever"...), allez savoir pourquoi, ça l'inspire profondément. La musique est simpliste au possible, piano-basse-batterie avec un rythme très particulier très bien tenu par Ringo Starr. Les paroles sont déchirantes : "Maman, tu m'as eu mais moi, je ne t'ai jamais eu, je t'ai voulu mais tu n'as jamais voulu de moi, donc je veux juste te dire adieu..."; "Papa, tu m'as abandonné, mais je ne t'ai jamais laissé, j'avais besoin de toi mais tu n'as jamais eu besoin de moi, donc je veux juste te dire adieu..."; "Maman, ne t'en vas pas, Papa, reviens à la maison". Et tout cela, c'est la réalité de son enfance, affichée aux yeux de tous. Son interprétation est remarquable en tous points, commençant doucement mais restant tonique jusqu'au bout, s'achevant par des cris déchirants, transformant bien le texte en appel désespéré d'un petit garçon envers ses parents qui l'ont abandonné...

- "Hold on" (Lennon) : Un petit peu d'espoir quand même grâce à ce joli petit titre, tout simple, tout doux où Lennon s'appelle John et Ono s'appelle Yoko. Il s'interpelle, lui et sa compagne, puis le monde entier, leur disant de tenir bon ("hold on"), que tout ira bien... Dans le texte, c'est du Bob Marley avant l'heure ! Voilà, tout va bien, on est serein et c'est très court...

- "I found out" (Lennon) : Allez, ça swingue un peu plus ici avec un son un peu rustique, écorché, très roots. Rythme entêtant, prodution minimaliste, voix rauque comme il sait si bien le faire, c'est du Lennon pur jus. Les paroles sont du même acabit, fruit des révélations qu'a pu avoir John à l'issue de ses thérapies diverses. "J'ai compris" ou "J'ai trouvé" chante-t-il avec son air défiant. Il rejette tous les fanatiques qui l'entourent, ceux qui croient en Jésus, ses parents qui l'ont abandonné mais qui ont fait de lui une vedette, les fous qui croient en Krishna et autres divinités hindous, tous des drogués en gros, méfions-nous des gourous et autres donneurs de leçons. Le texte est vraiment aussi puissant que la musique est dépouillée. C'est du grand art, ça tape fort, là où ça fait mal, c'est John.

- "Working Class Hero" (Lennon) : Cette chanson est l'une des plus marquantes de l'album et commence à refaire surface ces derniers temps. John, seul à la guitare, voix sombre et caverneuse, célèbre les "héros de la classe ouvrière", les siens, ceux qui sont partis de rien ou qui n'ont toujours rien et qui sont oppressés par ceux placés plus haut qu'eux, enfants comme adultes. Lennon leur rappelle que ce sont donc eux, les héros, ceux qui ont le mérite, qui souffrent en silence. Le texte est ainsi très imagé, politisé et fortement ancré à gauche si on peut dire. Car la musique n'est qu'un subtil accompagnement, ici, c'est le bien texte qui prime avant tout, c'est un véritable plaidoyer de Lennon pour les classes prolétaires. A l'image de cet album, c'est un morceau brut, fort et qui va droit au but.

- "Isolation" (Lennon) : Cette pépite est l'une de mes préférées de "Plastic Ono Band". Le son est tout à fait lennonien, c'est tout lui, c'est son style, tellement copié par la suite. Ce piano frappé qui résonne, cette voix doublée, fortement amplifiée, vers le milieu du morceau... C'est somptueux, tout Lennon dans une chanson. Le texte est lui aussi assez simple, semblant évoquer les persécutions et incompréhensions subies par Lennon et sa compagne de la part des médias notamment. Très belle mélodie donc, lente, pour une fin des plus abruptes.

- "Remember" (Lennon) : Le rythme s'accélère ici avec une nouvelle petite mais longue ballade sur le souvenir, la mémoire, le passé. Batterie, piano et basse, rien de plus et c'est très efficace, petite mélodie entêtante, saccadée, coupée par d'excellents breaks. La fin est elle aussi assez soudaine, marquée par un bruit d'explosion. Lennon s'adresse ici à un adulte actuel, lui rappelant le temps où il était enfant, lui expliquant qu'il n'a pas à s'inquiéter et regretter ce qu'il a pu faire par le passé, parce qu'en gros, c'est le monde qui est perverti et ce sont bien les adultes d'alors qui ont provoqué toute cette perte.

- "Love" (Lennon) : Retour à un peu de douceur et d'optimisme dans cet album avec cet éloge de l'amour. Chanson lennonienne typique sur l'amour et tout ce qui l'entoure, c'est Phil Spector qui est au piano cette fois-ci, Lennon à la guitare. Le texte est des plus épurés avec une certaine logique : "Love is real, real is love; love is touch, touch is love". Mais tout cela reste très poétique, la mélodie est belle et l'interprétation de Lennon est infiniment touchante.

- "Well, well, well" (Lennon) : Bon rock bien gras et rauque, voici à nouveau une chanson qui expérimente les techniques de cri primal si on peut dire. Vers le milieu de la chanson, Lennon accentue ses cris sur "Well, well, well", de plus en plus arrachés et tranchants. Les paroles ne sont donc que secondaires mais il y a quand même des couplets dans lesquels l'auteur raconte qu'il a emmené sa copine à dîner, puis dans un grand champ pour regarder le ciel anglais avant de se mettre à parler de révolution, de la libération des femmes... C'est plus subtil qu'il n'y paraît, parfaitement dans le contexte de la vie de Lennon à l'époque. Même si l'aspect général de la chanson est placé sur le mode rock agressif, la fin est plutôt humoristique, marquée par un Lennon, sans voix, qui n'arrive plus à bien placer ses "Well" et qui en rigole, mettant fin à ce qui ressemble finalement plus à une démo, mais tel était le but de cet album, brut et presque improvisé.

- "Look at me" (Lennon) : C'est à nouveau en mode démo que se joue cette chanson, avec qques mots de Lennon pour l'introduire, genre "Ok, on y va..." et le morceau démarre. Jolie petite chanson douce ici, contrastant particulièrement avec la précédente. C'est le retour du Lennon tendre et amoureux, qui parle à sa belle, s'interrogeant sur lui-même, sur son amour. C'est donc une chanson faite de questions, typique là aussi d'un Lennon qui est loin d'avoir toujours eu confiance en lui. C'est avec ce genre de chanson qu'il se dévoile, se met à nu, montrant au monde sa vulnérabilité. Et c'est lorsqu'il est le plus humain qu'il est le plus beau.

- "God" (Lennon) : Ce morceau, l'un des plus beaux et les plus forts de l'album, est fondamental dans tous ceux écrits par Lennon. Il illustre parfaitement son point de vue sur beaucoup de choses mais il est aussi l'image d'une époque, cette espèce de dépression que semblait traverser le monde à la fin des années 60, tous les idéaux partant en fumée. On retrouve donc ici le Lennon provocateur comme jamais, intitulant sa chanson "Dieu" et l'introduisant par "Dieu est un concept par lequel nous mesurons notre peine", le répétant une autre fois pour bien appuyer sa thèse anticléricale. Puis il dresse une liste de toutes les croyances, les choses en lesquelles il ne croit pas ou plus : la magie, le I Ching, la Bible, les tarots, Hitler, Jésus, Kennedy, Buddha, les mantras, Gita, le Yoga, les Rois, Elvis (se jouant de ce dernier en l'imitant quand il prononce son nom), Zimmerman (Dylan...), les Beatles... Il termine en chantant qu'il ne croit qu'en lui-même, Yoko et lui parce que ça, c'est la réalité. "Le rêve est terminé" ("Dream is over") est la conclusion frappante de cette chanson. Il n'est plus la star qu'il a été, il n'est qu'un homme, John. Toute la philosophie de Lennon ou presque est ainsi révélée dans cette chanson. Il rejette toute forme de croyance, toute forme d'idole, bonne ou mauvaise, ne se référant qu'à la plus simple réalité, c'est-à-dire lui-même et son couple. La musique qui accompagne ce texte est somptueuse, avec notamment Billy Preston au piano et un fabuleux Ringo Starr à la batterie. Une mélodie ouvre le postulat de départ, puis une phrase musicale particulière pour chaque nom cité par Lennon, marquant bien le coup, s'accentuant de plus en plus au fur et à mesure de la liste. Cette suite s'interrompt brusquement après le dernier nom, "The Beatles", reprenant le thème de départ pour la conclusion de Lennon, chantée sur un registre triste et mélancolique. John y est encore des plus touchants, confirmant son plus grand talent de chanteur et de mélodiste.

- "My Mummy's dead" (Lennon) : Penchant encore plus tragique de "Mother" et conclusion de l'album, John y chante ainsi que sa maman est morte, qu'il n'arrive toujours pas à s'y faire, que cela lui cause beaucoup de peine. Chantée sur le ton d'une berceuse, à la manière d'un petit garçon, avec un son étouffé comme enregistré sur un petit magnétophone, ce très court morceau vient ainsi clore de manière assez triste un album dont, vous l'avez bien compris, l'atmosphère générale était placée sous le signe de la nostalgie mélancolique...

- "Power to the people"* (Lennon) : Premier bonus de la réédition de l'album, il s'agit d'une chanson sortie en single qques temps après, en 1971. Véritable hymne à la liberté, il y a du "Give Peace a chance" dans ce morceau. Sur un ton à la fois furieux et enjoué, Lennon appelle donc à ce que les gens prennent le pouvoir, descendent dans la rue, fassent la révolution mais il mentionne également qques vers pro-féministes, sans doute sous l'influence de Yoko Ono. "Power to the people" n'a rien d'extraordinaire, c'est un gospel répétitif mais qui correspond bien à l'état d'esprit de Lennon à l'époque, très revendicatif et proche du peuple.

- "Do the Oz"* (Lennon/Ono) : Ce morceau est un véritable bonus puisqu'il était resté pratiquement inconnu jusqu'à cette réédition. Il était apparu sur un obscur single de soutien pour un magazine underground anglais, "The Oz", en 1970. Avec une rengaine intéressante et collant bien aux sonorités de l'époque, un Lennon énervé chante continuellement le même refrain "Do the Oz", avec des couplets de remplissage où il appelle à bouger les bras et les jambes, successivement vers la droite et vers la gauche. Derrière, Yoko Ono pousse qques cris mais qui ne viennent pas forcément gâcher l'ensemble. On ne saura pas vraiment si la version proposée est l'originale puisqu'apparemment, la chanson a été remixée voire réajustée pour être placée sur cet album. Le résultat est tout de même bon et si elle ne restera pas dans les annales lennonienne, "Do the Oz" reste une intéressante découverte.

"Plastic Ono Band" est véritablement l'album de la rupture pour John Lennon. Rupture avec les Beatles, son super groupe précédent, rupture avec les années 60, époque faste mais pervertie ("Dream is over"), rupture avec ce mode de vie et ces idéaux qui ne font plus illusion. L'artiste veut passer à autre chose et cet album constitue une introspection sur lui-même qui débouchera sur un nouveau Lennon, un simple John.

Sur cet album, Lennon exprime de manière simple et brute, tout ce qu'il a sur le coeur, tous ces sentiments refoulés, ces doutes cachés pendant tout ce temps. Ainsi, on peut distinguer trois thèmes principaux qui sont une autobiographie du chanteur à ce moment-là précis : son enfance (marquée durement par la mort de sa mère), l'amour (retour à une relation simple, saine et unique, avec Yoko Ono) et la société (finies les croyances superficielles et le star system).

Lennon s'est orienté ici vers une recherche absolue de la simplicité à travers ces textes et cette mise en musique dépouillée. Il a parfaitement atteint son but, nous donnant une vision extraordinairement touchante de sa vie à cette époque, sans détour ni métaphore. Peu d'artistes seraient capables d'une telle audace, Lennon l'a fait et ne s'y est pas raté. "Plastic Ono Band" est son meilleur album solo et peut-être même le meilleur album solo d'un ex-Beatles, à la dérive mais droit dans ses bottes.

Les morceaux à retenir : "Mother", "Working Class Hero", "Isolation", "Remember", "Love", "Well Well Well", "God".

jeudi 24 janvier 2008

George Harrison - All Things Must Pass (1970)

Souvent, quand on pense aux Beatles, on pense à un groupe, à une union commune de quatre talents. Quand on les connaît un peu mieux, on s'aperçoit que cela va plus loin et surtout que l'on a bien quatre individualités bien distinctes, notamment dans leur manière d'aborder la musique.

En 1970, les Beatles se séparent officiellement. Mais il ne faut pas croire que cela n'a pas mis longtemps à mijoter. Pour le public, ce fut une totale surprise, pas pour eux qui avaient déjà tourné la page. Avant même que la rupture soit officielle, chacun avait plus ou moins publié des oeuvres en solo, mais pour la plupart, expérimentales.

Une fois le groupe éclaté, ils purent enfin se libérer et mettre en activité toutes leurs idées personnelles, exposer ce dont ils étaient capable en solo. Bien entendu, on parlera de chacune de leurs oeuvres solos donc je ne vais pas m'attacher ici à parler des premiers albums de John, Paul et Ringo.

Comme ses petits camarades, George Harrison sortit immédiatement son premier album solo, ou plutôt son "triple" album puisqu'il y avait trois disques à l'intérieur, ce qui était plutôt rare à l'époque. Il avait en effet beaucoup de choses à proposer au public. George a toujours été à une place particulière au sein des Beatles. Au départ, il était le lead guitarist, plus doué que les deux autres et on comptait surtout sur lui pour jouer les solos. Il chantait, parfois, mais ses premières compositions n'avaient pas vraiment le droit de citer. Il s'est émancipé au fur et à mesure, livrant qques unes des plus belles chansons des Beatles mais sur ces qques unes publiées, combien en avait-il écrites ?

"All Things Must Pass" est en gros un recueil de toutes les chansons rejetées par les Beatles... et ça en fait un paquet ! C'est un peu exagéré de le présenter comme ça mais une bonne majorité ont été écrites et préparées alors que George était encore parmi ses camarades. A la sortie de l'album, il avoua que cet album est un peu le résultat de la libération d'une personne constipée !

Et c'est un très bel album, classique parmi les classiques, que beaucoup considèrent comme son meilleur album en solo. C'est sans doute vrai, parce que Harrison y affiche une véritable maturité, un affranchissement qui prouve au monde entier toutes ses qualités, démontrant qu'il ne devait rien à personne.

L'ambiance de cet album est assez bien illustrée par sa pochette. On y voit un George aux cheveux longs, avec une longue barbe, un chapeau, des bottes, assis sur un tabouret, au milieu d'une pelouse qui devance une forêt. Autour de lui, d'énormes nains de jardin en position allongée sur le sol. Sur la pochette originale, le tout était de couleur sépia, c'est-à-dire très marronée avec du blanc pour le ciel, donc assez moche. ça ne payait pas de mine. La réédition de l'album, agrémentée de bonus, que nous dévoilerons ici, a été heureusement complètement recolorée, redonnant une belle fraîcheur à cette pochette tout de même très particulière. Ainsi, cela reflète l'image de l'album, l'image d'une certaine solitude et mélancolie mais englobée d'une sorte de sérénité mystique.

Pour le livret intérieur de cette jolie boîte, Harrison a voulu ajouter sa propre pensée du monde contemporain en plaçant des usines polluantes, une autoroute, des immeubles et un avion à l'arrière du décor forestier qu'il devançait. Pas mal trouvé, Harrison a toujours été un excellent observateur de son temps et a toujours su, avec beaucoup d'ironie, l'exprimer de manière subtile. C'est encore le cas ici. Dans ce joli livret aux tendances violettes, on retrouve qques photos, les paroles des chansons et bien entendu, une introduction de George qui nous parle de ce 30ème anniversaire (à l'époque) de la sortie de ce grand album.

Il nous explique qu'il l'aime toujours mais qu'il était quand même temps de tout remasteriser, en l'aérant beaucoup plus. En effet, "All Things Must Pass" marque la première collaboration en solo de George Harrison avec le fameux producteur Phil Spector, qui avait produit "Let it be" des Beatles et qui travailla ensuite beaucoup plus avec John Lennon. Les productions de Phil Spector sont très particulières, il y a ce célèbre "Wall of sound" (mur du son) qu'il a créé, une gigantesque atmosphère qui fait d'une simple chanson une symphonie grandiose. Seul inconvénient, c'est parfois en effet bien surchargé et avec le temps, on n'entend plus grand chose. D'où l'idée d'aération évoquée par George. Il continue en racontant un peu la genèse de cet album, en parlant de ceux qui y ont participé comme les membres du groupe Delaney & Bonnie, Eric Clapton, Ringo Starr, Klaus Voormann, Billy Preston, Gary Wright, Gary Brooker... et même le tout jeune Phil Collins ! Il explique combien les séances d'enregistrement furent longues et éprouvantes, avec beaucoup de musiciens. ça se ressent à l'écoute : pour certaines chansons, il y a deux basses et deux batteries ! En tout cas, plutôt que de s'envoyer des fleurs comme beaucoup pourraient le faire, il se concentre sur de longs et chaleureux remerciements à tous ceux qui ont participé à cet album, et vu le résultat, il y a en effet de quoi les remercier !

Allez, ne perdons plus de temps, je vous invite à embarquer avec moi au coeur de ce magnifique album, le premier d'une timide mais jolie carrière en solo pour le Quiet Beatle.

- "I'd have you anytime" (Harrison/Dylan) : L'album s'ouvre avec une chanson coécrite par George Harrison et son compère Bob Dylan. Très douce, "I'd have you anytime" est musicalement très belle, avec une lead guitar magistrale, qu'on devine d'Eric Clapton. Il s'agit d'une chanson d'amour très pure, le narrateur demandant à sa bien-aimée de le laisser entrer dans son coeur, avec une idée de réciprocité, il veut la connaître, il veut se montrer, elle est tout ce dont il possède. Assez simple avec une répétition de ces "Let me" (avec même un "Let me roll it to you" qu'on retrouvera plus tard comme titre d'une chanson de Paul McCartney), ce n'est, pour moi, pas l'un des meilleurs titres de l'album à cause d'un rythme un peu trop lanscinant et d'un refrain trop court et inabouti.

- "My Sweet Lord" (Harrison) : LA chanson phare de l'album, le hit, le tube, le tout ce que vous voulez. Ce fut le plus grand succès commercial de George Harrison mais aussi le morceau qui lui valut le plus de problèmes, avec un procès à la clé. En effet, devant l'ampleur du succès de "My Sweet Lord", il a été reproché à Harrison d'avoir plagié une chanson des Chiffons (groupe de filles du début des années 60), "He's so fine", dont la mélodie est, il est vrai, très proche. Harrison a même perdu ce procès alors qu'il avait pourtant agi en toute innocence, et on veut bien le croire, tellement de chansons se ressemblent ! Il y a plusieurs point à aborder avec "My Sweet Lord". Déjà, c'est un grand tube populaire parce que c'est une chanson simple, avec une jolie mélodie qui monte en puissance, George débute tout seul avec sa guitare rythmique avant d'être rejoint par toute une orchestration et des choeurs fastueux. Le message est lui aussi très simple, c'est une prière, un gospel vu le style de la chanson, et c'était dans l'idée de Harrison. Dans celle-ci, Harrison s'adresse au Seigneur (Lord), il veut le voir, le connaître et être avec lui. ça ne va pas plus loin. Mais là où l'ex-Beatle a touché le gros lot, c'est avec ses choeurs qui passent de "Alleluiah" à "Hare Krishna", mélangeant les destinataires et les religions, en pleine période hippie. La simplicité fut toujours ce qui alla le mieux à George Harrison et il a su toucher juste avec un superbe hymne à l'amour et la paix intérieure.

- "Wah-Wah" (Harrison) : Après le gospel universel, on passe au rock bien lourd avec moult guitares, cuivres et batteries en fusion sous la chape de plomb d'une production typiquement spectorienne. ça résonne dans tous les sens avec un son un peu à la "Helter Skelter" des Beatles mais en plus gigantesque. On entend à peine la voix de George Harrison qui semble pourtant crier de toutes ses forces. Les paroles, écrites apparemment pendant qu'il était encore avec les Beatles et après un conflit avec Paul McCartney, démontrent tout le désarroi du Quiet One, relégué le plus souvent au second plan. Il semble s'adresser aux Beatles plutôt qu'à Paul en particulier, leur disant qu'ils ont fait de lui une superstar mais qui ne vaut finalement pas grand chose, et surtout il exprime toute sa douleur en chantant "tu ne me vois pas pleurer, tu ne m'entends pas soupirer", ajoutant ensuite que désormais il est libre et il peut enfin goûter à la douceur de la vie... Texte à charge donc envers son ou ses ex-partenaires, caché derrière un gros son bourdonnant. Une magnifique mise en scène !

- "Isn't it a pity - Version 1" (Harrison) : Assurément l'une des plus belles chansons de George Harrison, son "Hey Jude" à lui, mais en beaucoup plus mélancolique. Car cette chanson, c'est la mélancolie incarnée, avec encore une fois, une mélodie qui monte en puissance par l'intermédiaire d'un orchestre et de choeurs en fin de morceau. Les solos de guitare, d'Eric Clapton sans doute, sont simples mais splendides, accompagnant un texte beau à pleurer : "N'est-ce pas dommage, n'est-ce pas honteux, la manière dont on se brise le coeur, et dont on se fait du mal, la manière dont on reprend son amour, ne pensant plus à rien, oubliant de redonner", puis un peu plus loin : "N'est-ce pas dommage, quand pas assez de gens, peuvent voir que nous sommes tous les mêmes, et qu'à cause de toutes leurs larmes, leurs yeux ne peuvent pas espérer voir, la beauté qui les entoure...". Ces larmes, elles nous montent aux yeux, tout au long de la chanson, tellement sa beauté est puissante. A la fin, on retrouve justement un joli clin d'oeil à "Hey Jude" avec des "na na na na na na na... Isn't it a pity" très bien placés.

- "What is life" (Harrison) : Mais avant que nous soyons complètement submergés de larmes, de tristesse, Harrison nous redonne un peu de baume au coeur avec cette chanson d'amour très positive. La mélodie est très enjouée, très rythmée, mais on regrette peut-être ici une production trop surchargée avec guitare et batterie très mécaniques, et une abondance d'orchestration qui couvre en permanence la voix de George. Le message du morceau est des plus classiques mais on ne résiste pas à son charme : "Je ne peux pas te dire ce que je ressens mais mon amour est là pour toi à chaque moment de la journée, mais si ce n'est pas d'amour dont tu as besoin, je ferai tout ce que je peux pour que cela fonctionne" sans oublier un refrain très efficace : "Et dis moi ce qu'est ma vie sans ton amour ? Et dis moi qui je suis sans toi à mes côtés ?". Que dire de plus ? On a le droit à une vraie et forte chanson d'amour comme il se doit.

- "If not for you" (Dylan) : La seule vraie reprise de l'album est une pure réussite. Cette chanson, composée par l'ami Bob Dylan, aurait été répétée en premier lieu avec George qui a donc décidé de se l'approprier également. Quand je l'écoute, un vrai moment de bonheur remplit mon coeur et mon corps. Phil Spector a veillé à ne pas trop charger l'orchestration, la voix de George est claire et sincère, les lead guitar fluides et mélodiques, la batterie remarquable de légèreté. Le texte est lui aussi merveilleux. L'auteur explique à sa dulcinée que sans elle, il serait triste et déprimé, sans elle, il ne pourrait plus dormir la nuit, sans elle, le ciel s'écroulerait avec la pluie, sans elle, il ne serait rien, nulle part et perdu, sans elle, l'hiver ne serait jamais suivi du printemps... C'est de toute beauté, c'est superbement exprimé et sincèrement, je pense que George tient la corde avec sa version. J'ai écouté celle de Dylan qui me plaît un peu moins, je ne connais pas celle d'Olivia Newton-John (!). Concernant George, le seul bémol que je lui mettrais serait justement la version qu'il en donna lors d'un concert-hommage à Dylan au début des années 90, avec une voix complètement déraillée, une moustache et un costume violet du plus mauvais goût. C'est alors que je me replonge dans cette version d'All Things Must Pass et que j'oublie tout...

- "Behind that locked door" (Harrison) : On reste dans le calme et la plénitude avec cette douce chanson. Une jolie atmosphère se dégage du morceau avec des petits bouts de slide guitar, notamment sur le solo. Toutefois, je le trouve légèrement ennuyeux et plombant à certains moments. Puis la voix de George manque un peu d'entrain et de portée. Pour autant, le texte est à découvrir. C'est encore l'amour qui est au programme avec une belle métaphore. L'auteur entend consoler sa dulcinée en lui disant ne de plus pleurer, de laisser sa peine de côté et de faire passer son coeur "de l'autre côté de cette porte fermée". Il continue en lui disant qu'il ne sera pas avec elle pendant très longtemps (la vie est courte...) donc il faut sourire et rien d'autre... Ainsi, des paroles très chaleureuses et encourageantes, mais malheureusement posées sur une mélodie un peu trop lente pour qu'on y croit vraiment.

- "Let it down" (Harrison) : Ne croyez pas non plus que Phil Spector va nous laisser nous endormir ! Sa production phénoménale vient nous réveiller subitement avec du gros son comme il sait si bien le faire. C'est un morceau que j'ai mis du temps à apprécier vraiment. Il faut dire que le début fait un peu peur puis peu à peu, on est apaisé dès que la douce voix de George résonne pour les couplets. Le refrain est plus lourd, mais la transition entre ces deux passages très distincts est assez jolie. Côté paroles, j'avoue que George me laisse parfois un peu circonspect et je n'arrive pas bien à savoir où il veut en venir. Du moins pour les couplets. C'est au refrain qu'on comprend qu'il s'adresse à une dulcinée, à nouveau, lui disant de "laisser tomber" ("Let it down") mais quoi ? Eh bien, ses cheveux tout autour de lui puis son amour (métaphore...). Je ne saurais trop comment bien définir l'impact de cette chanson sur moi, Phil Spector lui donne beaucoup de puissance avec un orchestre, du piano, de la batterie et une lead guitare agressive. Disons qu'elle est bien dans l'air du temps des 70's.

- "Run of the mill" (Harrison) : Une autre des mes chansons préférées de l'album. L'intro est tout simplement magnifique, juste avant l'arrivée des cuivres qui accompagneront le morceau avant de le conclure de fort belle manière. Musicalement, superbe donc, avec une vraie douceur harmonieuse. Vocalement, encore une grande réussite, avec une voix de George écorchée comme il faut. Ainsi, c'est toujours un bonheur de se plonger dans cette chanson que je trouve un peu trop courte malheureusement. Les paroles sont là encore assez énigmatiques avec pas mal d'idées qui se chevauchent, sans savoir vraiment à qui l'auteur s'adresse, George chantant en plus avec une manière un peu étrange, ralentissant et accélérant selon la longueur de la phrase, comme si, pour une fois, tout n'était pas bien calculé entre la musique et le texte. Ce morceau est en tout cas le dernier du premier disque. Sur la réédition de 2001, plusieurs morceaux le suivent, en bonus.

- "I live for you"* (Harrison) : Premier bonus proposé, une chanson inédite. Il s'agit de ma chanson préférée, tous artistes confondus, tous genres confondus. C'est LA chanson pour moi, celle qui me touchera éternellement plus que toutes les autres, celle qui me transportera toujours plus haut et plus loin que toutes les autres. Dans le livret de l'album, George Harrison explique qu'elle n'a pas figuré dessus probablement parce qu'il pensait à l'époque ne pas disposer d'une assez bonne version, mise à part la partie de "pedal steel" guitar jouée par Pete Drake. Et quel dommage ! C'est essentiellement sur cette portée musicale que le morceau est posé. La guitare guide la mélodie de bout en bout, avec une fluidité et une légèreté magnifique, qui atteint son sommet dans le solo. George chante comme jamais. Ici, il chante pour Dieu sans doute, pour qui il vit ("Yes it's true, I live for you"). Ce dernier lui permet de garder les yeux grands ouverts, il est sa lumière dans l'obscurité et il passe donc sa vie à attendre de pouvoir le rejoindre. Une véritable prière donc, juste merveilleusement mise en musique par un George très inspiré (sauf de ne pas l'avoir mise sur l'album !!!).

- "Beware of Darkness"* (Harrison) : Deuxième bonus avec cette démo de "Beware of Darkness", dont on retrouvera la version finale sur le second CD. Je détaillerai mes sentiments sur cette chanson plus tard donc, mais il est toujours aussi intéressant d'entendre ces démos, avec un George seul à la guitare. C'est brut, c'est beau. Dans le livret, il indique l'avoir écrite juste une semaine avant de l'enregistrer avec Phil Spector. Pour l'anecdote personnelle, il est indiqué que la version présente ici date du 27 mai 1970, mon père fêtait ses 22 ans :-)

- "Let it down"* (Harrison) : Troisième bonus avec cette démo de "Let it down", entendue précédemment, datant du même jour que la démo précédente. George tout seul avec sa guitare, à nouveau. On peut alors constater l'évolution de ce morceau, ici complètement dépouillé, en comparaison avec la version finale, chargée bien comme il faut par Phil Spector.

- "What is life"* (Harrison) : Quatrième bonus avec cette fois-ci, une orchestration différente de "What is life", mais sans le chant (ou presque, on entend qques murmures de George parfois). Je trouve cette orchestration légèrement plus enjouée que celle proposée sur l'album avec ses petites trompettes piccolo façon Vladimir Kosma ("L'Aile ou la Cuisse" !) mais George explique que ça ne lui plaisait pas à l'époque, même si, depuis, il en avait complètement oublié l'existence !

- "My Sweet Lord"* (Harrison) : Cinquième et dernier bonus de l'album qui a fait coulé un peu d'encre... Une nouvelle version de "My Sweet Lord" ! Pour l'occasion de cette réédition, George a voulu créer qque chose de spécial et voici le résultat. Cela n'était vraiment pas nécessaire, c'est certain vu la lourdeur de cette version. L'orchestration originale est conservée avec un appui plus senti de la slide guitar, dernier atout magistral de George. Les choeurs de Sam Brown sont pas mal malgré sa mise en avant vers la fin qui aurait pu être évitée, mais c'est surtout la voix de George qui n'y est plus. Il chante à moitié au ralenti, pour cause d'une perte de puissance phénoménale. Heureusement, il se rattrapera un peu plus tard avec les compositions originales de son futur album posthume, "Brainwashed".

- "Beware of darkness" (Harrison) : Longue ballade mélancolique pour ouvrir le second disque. Harrison ne nous parle pas d'amour ici mais tient à mettre en garde ses auditeurs contre les dangers du monde matériel. Les messages sont encore une fois difficiles à vraiment cerner, on imagine qu'il y a beaucoup de sens cachés dans cette chanson. Harrison cherche sans doute à se défendre de tous les rapaces qui tournent autour de lui à travers ce texte. Musicalement, c'est très lent et lanscinant, peut-être un peu trop chargé malgré une bien jolie lead guitar tenue par Clapton il me semble. Ce n'est donc pas l'une de mes chansons préférées de l'album mais elle a son importance.

- "Apple Scruffs" (Harrison) : Changement de décor complet avec cette géniale petite ballade très rythmée et chaleureuse. Petite batterie, guitares rythmiques (électrisées pour le mignon petit solo) et surtout un joyeux harmonica pour enrober tout ça suffisent à donner une vraie personnalité à cette chanson dédiée aux fans des Beatles. Eh oui, qui l'eut cru ? Harrison le timide, Harrison qui apparaît comme le plus difficile à approcher, il sera le seul à écrire une ode à ses amateurs. En effet, les "Apple Scruffs" étaient le nom donné à ses fans hardcore des Beatles qui les attendaient nuit et jour devant leurs bureaux d'Apple (d'où le surnom...) notamment. Les paroles sont très affectueuses envers ces doux dingues; Harrison raconte comment ils ont toujours été là pour les attendre, les voir. Le refrain est des plus généreux, rempli d'admiration : "Apple Scruffs, Apple Scruffs, je vous aime tellement, je vous aime tellement, dans le brouillard et sous la pluie, avec le plaisir et la douleur, sur le trottoir dehors vous vous tenez, avec des fleurs dans les mains, Apple Scruffs", finissant par un couplet tout aussi chaleureux : "A travers les années, ils viennent et repartent, mais votre amour me démontre clairement, qu'au-delà le temps et l'espace, nous sommes ensemble en tête à tête, Apple Scruffs". Une chanson vraiment très belle et pleine de vie, rondement menée par un Harrison en verve.

- "Ballad of Sir Frankie Crisp (Let it roll)" (Harrison) : Une autre des plus belles chansons de l'album, mélancolique à souhait, avec de très belles parties de guitare et de piano. Morceau dédié à Sir Frankie Crisp, bâtisseur et ancien locataire de l'énorme manoir de George Harrison à Henley-on-Thames, on ressent pourtant une atmosphère très lennonienne, surtout vocalement. Le texte reste assez mystérieux avec là encore sans doute beaucoup d'allusions à ce personnage et son univers mystique.

- "Awaiting on you all" (Harrison) : Après la mélancolie, revoici la joie exhubérante avec une nouvelle chanson dédiée à la religion et à Dieu. Le morceau commence très fort et nous dévoile d'ors-et-déjà une grosse production spectorienne avec nombres de batteries, cuivres et guitares, se finissant par une fin abrupte. Il s'agit en tout cas d'un morceau très vif et enlevé, un vrai beau gospel destiné à louer le Seigneur. Harrison n'y va pas par quatre chemins quand il faut faire du prosélytisme religieux. Son leitmotiv ici est de conseiller aux auditeurs d'ouvrir leur coeur pour y voir combien il a été pollué par le monde matériel. Pour le nettoyer, pour être libre et éveillé, il suffit donc de chanter les louanges du Seigneur. Ce qui est intéressant, c'est qu'on n'a jamais vraiment su de quel "Lord" Harrison parlait vu qu'il semblait être plongé dans les religions hindous. Sauf qu'ici, dans le deuxième couplet, il parle bel et bien de Jésus que l'on peut voir si on ouvre notre coeur car il est là et l'a toujours été, pour nous, pour nous consoler et nous aider. Harrison reste assez original avec la suite puisqu'il nous chante que l'on a pas besoin d'église ou de temple pour voir que l'on a été berné tout ce temps. Bref, l'unique solution, il la répète inlassablement : "ouvrez votre coeur" ("If you open up your heart"). On peut ne pas être sensible du tout à ce message mais si on l'ignore, il nous reste tout de même une très belle chanson, très vivante malgré, à nouveau, une certaine surcharge spectorienne un peu trop accentuée.

- "All things must pass" (Harrison) : La chanson-titre de l'album n'est absolument pas pour moi sa chanson-phare. Je l'avais découverte grâce à sa magnifique démo sur les Anthology des Beatles. Malheureusement, la version finale m'a beaucoup déçu. C'est lent, c'est pataud, ça n'en finit jamais... Je n'ai jamais réussi à y accrocher même si Phil Spector a pourtant fait des efforts pour ne pas trop l'écraser de sa puissance. Musicalement, il n'y a guère que la lead guitar qui me plaise... Les cuivres sont assez bouchonnés. Par contre, et c'est bien là que c'est dommage, le texte est au contraire très beau. Harrison utilise les postulats de la religion hindou pour dire que tout est cyclique. Par exemple, il peut nous arriver qque chose de mal, mais cela n'est que passager. Il cite en exemple un ciel nuageux disant que cela ne dure jamais toute la journée, le soleil reviendra bien à un moment donné. De même que le coucher du soleil ou même le lever du jour... C'est sur l'idée des différentes phases d'une journée qu'il écrit son texte : "Non, il ne fera pas toujours aussi gris". Une chanson très optimiste donc mais sur un air plutôt lent voire nostalgique. Je pense que j'aurai aimé plus de simplicité, comme sur la démo.

- "I dig love" (Harrison) : George peut également nous donner des chansons très simples avec un message tout aussi simple. Mais souvent, on n'en comprend pas vraiment le sens... Ici donc, il creuse l'amour, tous les matins, tous les soirs et il veut qu'on le sache. C'est une chanson sur l'amour, sous toutes ses formes, et en gros, il nous dit qu'il l'expérimente, lui, sous toutes ses formes. Musicalement, c'est très bluesy, avec une petite ritournelle sympa au piano, une grosse batterie et une très jolie lead guitar (qui nous assure un joli solo aussi). J'aime beaucoup le chant de George, parfaitement adapté au style, qui commence doucement avant de se forcer crescendo. Il nous démontre qu'il aurait pu être un excellent chanteur de blues.

- "Art of dying" (Harrison) : Retour au rock lourd ici avec une excellente chanson. L'intro est splendide avec une guitare débridée, suivie de la batterie, des cuivres et d'une basse bien présente. La voix de George se retrouve un peu noyée dans toute cette bouillie mais beaucoup moins que sur "Wah-Wah" et on apprécie. Le message est là encore très mystique, nous parlant de "l'art de mourir". Mais le tout nous donne un morceau profondément rock, qui préfigure justement le genre de rock que l'on retrouvera dans les années 70.

- "Isn't it a pity - Version 2" (Harrison) : Deuxième version de ce qu'on peut considérer désormais comme la plus belle chanson de l'album. Le texte est le même donc je ne reviendrai pas dessus. C'est l'approche musicale qui est différente, peut-être plus confuses et moins belle dans cette seconde version, elle est plus simple aussi, sans crescendo, sans choeurs à la fin. En général, les gens préfèrent la première. De même, la façon de chanter de George est un peu plus poussive ici, un peu comme s'il reprenait la chanson dans un même concert, en rappel. Il se force un peu. Il n'y a donc pas trop d'utilité à proposer une autre version sur un même album mais bon, c'est toujours ça à prendre !

- "Hear me Lord" (Harrison) : Nous voici à la conclusion du deuxième album originel (il y en avait trois au départ). C'est à nouveau la religion qui aura droit de citer ici. Après l'avoir loué sous toutes ses formes, Harrison en appelle ici à la clémence du Seigneur : "Pardonne moi Seigneur s'il-te-plaît, pour toutes ces années où je t'ai ignoré, Pardonne leur Seigneur, ceux qui pensent qu'ils ne te méritent pas". Cette chanson est encore très révélatrice de l'état d'esprit d'Harrison à l'époque, libéré du carcan des Beatles et qui peut enfin s'exprimer pleinement. Je n'ai jamais vraiment su si sa foi était si inébranlable mais il met tout de même beaucoup de conviction dans ses chansons. Beaucoup lui ont reproché justement cette abondance de prêchi-prêcha, mais je pense que sa sincérité, elle, est irréprochable et on n'est en aucun cas obligé d'y adhérer. Ce morceau est une bonne conclusion, très mélancolique donc, avec une jolie mélodie et une belle orchestration, des choeurs, même si elle n'est pas non plus très flamboyante et assez mineure.

- "It's Johnny's Birthday" (Basé sur "Congratulations" de Martin et Coulter) : Pour ouvrir une session de jams uniquement musicaux, rien ne vaut mieux qu'une bonne tranche de rigolade. Il s'agit donc d'une blague, Harrison, Mal Evans et Eddie Klein, chantant une chanson apparemment inventée pour l'anniversaire de ce Johnny (John Lennon ?), sur l'air d'une autre chanson. C'est très court, pas très agréable à écouter car c'est complètement débraillé et trafiqué, allant de plus en plus vite pour enchaîner directement sans pause avec le premier jam instrumental.

- "Plug me in" (jam) : Harrison a donc voulu introduire un troisième disque comportant des sessions de jams. Pourquoi pas ? On peut être certain de la qualité des musiciens mais il faut cependant reconnaître que la dimension est grande entre voir ce boeuf en live et l'écouter sur un album. C'est ainsi que la plupart des amateurs de cet album rejette généralement cette dernière partie. Pour ce premier jam pas déplaisant, on retrouve ainsi le groupe entier de Derek and the Dominoes, c'est-à-dire Jim Gordon à la batterie, Carl Radle à la basse, Bobby Whitlock aux claviers, et Eric Clapton à la guitare sans oublier la présence de Dave Mason (du groupe Traffic) et George Harrison aux guitares également.

- "I remember Jeep" (jam) : Deuxième jam introduit par un espèce de brouillage bizarroïde, et on retrouvera tout au long de ce morceau des bidouillages électroniques. A la batterie, Ginger Baker (batteur de Cream), à la basse, Klaus Voormann (ami des Beatles, bassiste de studio, de Harrison, Lennon...), aux claviers, Billy Preston (organiste ami des Beatles et des Rolling Stones), et aux guitares, Eric Clapton et George Harrison. Pour l'anecdote, Jeep était le nom du chien d'Eric Clapton...

- "Thanks for the pepperoni" (jam) : Troisième jam avec les mêmes musiciens que sur "Plug me in". Comme sur les autres, une sorte de base musicale est instaurée et les guitaristes s'en donnent à coeur joie pour se relayer en solo.

- "Out of the blue" (jam) : Quatrième et dernier jam, le plus long (près d'1/4 d'heure) et le plus bluesy, avec la même formation que la précédente mais sans Dave Mason et avec Gary Wright (du groupe Spooky Tooth) aux claviers, Jim Price et Bobby Keys (qui ont joué notamment avec les Rolling Stones) aux cuivres. Le manager de Bob Dylan, Al Aronowitz, est également crédité sur ce morceau mais n'étant pas spécifiquement un musicien, je ne sais pas de quoi il joue.

"All Things Must Pass" est considéré par beaucoup non seulement comme le meilleur album solo de George Harrison mais voire comme le meilleur album solo de tous les Beatles réunis. Il faut croire que la libération de cette pression a donc produit les meilleurs effets puisque John Lennon fut également touché par cette grâce dès son premier album. On ne peut en dire de même pour Paul McCartney et Ringo Starr mais ces derniers n'ont pas abordé la rupture de la même façon non plus.

"All Things Must Pass" est en effet le meilleur album de George Harrison car il recèle de chansons poignantes et/ou puissantes, composées par un esprit frondeur et profondément inspiré. Entouré d'excellents amis et musiciens, produit par un Spector en forme, Harrison a prouvé ici tout son plus grand talent. C'est en tout cas la véritable première oeuvre en solo (il avait déjà délivré une B.O. et un album d'expérimentations électroniques auparavant) d'un artiste qui se sera toujours voulu aussi sincère que possible.

Cet album n'est pas forcément simple à aborder, sombre et puissant, mais illuminé de pépites flamboyantes. Il reste tout de même, selon moi, le plus universel voire le plus "consensuel" de tous ses futurs albums. Enfin, il résume parfaitement la personnalité de son auteur : mystique, passionné, joueur, envoûté, modeste, détaché, mélancolique, fort, et surtout, profondément humain.

Les morceaux à retenir : "My Sweet Lord", "Wah-Wah", "Isn't it a pity - version 1", "What is life", "If not for you", "Run of the mill", "I live for you", "Apple Scruffs", "Ballad of Sir Frankie Crisp (Let it roll)", "Awaiting on you all", "I dig love", "Art of dying", "Isn't it a pity - Version 2".

dimanche 20 janvier 2008

The Beatles featuring Tony Sheridan - In the beginning

On commence par les Beatles, forcément... et on devrait y aller chronologiquement.

Bien que leur premier album officiel soit "Please Please Me" (1963), les Beatles avaient déjà commencé à enregistrer des titres qques années auparavant, notamment qques temps après leur éclosion définitive dans les cabarets de Hambourg.

Beaucoup d'albums plus ou moins officiels ont été publiés sur ces débuts dont celui que je vous propose ici.

La pochette ne paye pas de mine, un gros paquet de journaux (le Mersey Beat) avec la photo des Beatles deuxième mouture (avec Pete Best à la batterie mais sans Stuart Sutcliffe) sur des pavés sombres. Le livret est un peu fourni avec notamment qques photos du groupe, tout de costumes en cuir noir vêtu, et avec les cheveux coiffés en banane, très rock'n'roll attitude. Egalement présents, de courts textes de présentation dont l'un écrit par Tony Sheridan en 1970.

Tony Sheridan est un chanteur anglais qui connut un petit succès à la fin des années 50 et début des années 60, notamment à Hambourg. C'est là qu'il rencontra les Beatles, qui l'accompagnèrent dans ses concerts jusqu'à ce que ceux-ci s'envolent de leurs propres ailes. C'est donc lui qui joue en partie sur cet album avec eux. Dans son petit texte, Sheridan raconte sa rencontre avec eux et comment ça se passait à l'époque. A la fin de son récit, une jolie conclusion qui veut tout dire "The rest is history". En effet...

Le deuxième texte, datant de 1985, est signé Bill Harry, journaliste au Mersey Beat (journal local de Liverpool) à l'époque. Lui raconte plutôt les conditions d'enregistrement de ces premiers titres dont l'album se veut un recueil. Il aide bien à savoir qui chante et joue sur tel ou tel titre.

La conclusion est pour George Harrison dont l'extrait d'une interview de 1969 figure au dos du livret. Le lead guitarist des Beatles explique notamment pourquoi l'ambiance de Hambourg était si particulière et c'est, semble-t-il, avec un peu de nostalgie qu'il se remémore ces concerts auxquels n'assistaient que de véritables passionnés de musique... On connaît la suite !

Allons-y pour l'écoute et la critique de chaque chanson :

- "Ain't she sweet" (Ager/Yellen) : Un très grand classique de la chanson populaire anglo-saxonne, datant de 1927 ! Mais qui semble avoir connu son heure de gloire dans les années 50 et 60. Elle a été reprise par de nombreux artistes dont Frank Sinatra et ainsi, les Beatles. La version de ces derniers est vraiment en tous points excellente. John Lennon est au chant, avec une superbe voix, rugueuse à souhait, à la Eddie Cochran. La musique est très rythmée et entraînante avec son "Oh Ain't she sweet" qui vient débuter et conclure chaque couplet. Les paroles sont courtes et mignonnes comme tout. Le narrateur demande à son pote je dirais ce qu'il pense de cette fille qu'il admire là-bas dans la rue. "N'est-elle pas mignonne ?" lui répète-t-il tout au long de la chanson. Il est certain que la fille doit être vraiment mignonne et la chanson qui l'accompagne très plaisante également, quoique le solo aurait pu être un peu plus soigné (mais ce n'étaient que les débuts de George Harrison...).

- "Cry for a shadow" (Harrison/Lennon) : Il s'agit d'un morceau rare puisque le seul composé par George Harrison et John Lennon. Ils n'ont plus jamais par la suite composé quoi que ce soit de connu ensemble. De plus, ils n'ont pas été très loin puisqu'il s'agit d'une oeuvre entièrement musicale, sans paroles, mis à part les "wouhou" que l'on entend de temps à autre au cours de la chanson. Sur un thème sympathique mais très répétitif, la lead guitar de Harrison joue sa mélodie plutôt correctement même si on la sent pas toujours très assurée. Derrière, Lennon l'accompagne d'un joli thème de guitare rythmique. Oeuvre unique donc, mineure mais qui a son charme.

- "Let's dance" (Sheridan/Lee) : Twist ultra classique signé Sheridan qui l'interprète. La voix de ce dernier n'est pas vraiment originale et entraînante malgré son invitation adressée à une jeune fille à venir danser. Le solo de guitare est pour le coup pas mal du tout et fait oublier un moment l'orgue plombant qui est derrière la mélodie tout du long.

- "My Bonnie" (Traditionnel, arrangé par Sheridan) : Un autre grand classique de cette époque, chant traditionnel écossais remis au goût du jour par les rockers anglais. Sheridan est là beaucoup plus convainquant au chant et on apprécie la structure de la chanson qui débute assez doucement avant de s'enflammer rapidement dans un rock très rythmé, ponctué par un très bon solo. Les paroles sont elles très simples, le narrateur prie tout simplement pour que sa "Bonnie", qui est loin, au-delà des océans, lui revienne au plus vite.

- "Take out some insurance on me, Baby" (Singleton/Hall) : On n'arrive pas trop à reconnaître qui est au chant ici, dans un style très proche de celui d'Elvis Presley pour les intonations. Il y a un peu de "Be bop a Lula" dans ce morceau finalement un peu triste dans lequel le narrateur déclare à sa petite amie que si jamais elle le quitte, il retournera chez lui et mourra. C'est du r'n'b (l'original !) très classique, avec un petit rythme continu, pas trop ce que j'aime le plus.

- "What'd I say" (Charles) : C'est Tony Sheridan qui se colle à cette reprise du grand Ray Charles. Il se débrouille pas mal pour ce qui est de l'imitation (parce que ça y ressemble fort), avec une petite section de cuivres derrière histoire d'assurer un peu. Tout ça reste honnête mais malgré tout un peu mou comparé à la version originale, bien plus énergique si je m'en souviens bien. Côté paroles, c'est un peu confus mais en gros, c'est très macho, le narrateur comparant sa petite amie à d'autres filles et lui disant directement que si elle n'en fait pas plus pour lui, il la ramène chez ses parents dans l'Arkansas ! Rien que ça ! Les choses ont bien changé...

- "Sweet Georgia Brown" (Bernie/Pinkard/Casey) : Encore une vieille chanson datant de 1925 mais devenue un classique, reprise notamment en instumental par Django Reinhardt. Elle est également la chanson mascotte de l'équipe de basket des Harlem Gobe-Trotters. Ici, c'est Sheridan qui s'y colle, déclamant son amour pour cette "Sweet Georgia Brown" qui fait tourner les têtes de tous ceux qui la croise, prêts à mourir pour elle. Encore un r'n'b très classique voire jazzy, pas trop mon truc.

- "When the saints go marching in" (Traditionnel, arrangé par Sheridan) : Chant traditionnel, popularisé à l'international grâce à ses interprétations gospel. Il s'agit d'un chanson sensée être jouée pour des funérailles, accompagnant le défunt jusqu'à son ultime demeure... On n'arrive pas trop encore à discerner qui est au chant mais il semble que ce soit encore Sheridan dans une version variant entre rock et r'n'b. C'est tout de même assez confus, Sheridan ne pousse pas vraiment très loin et on en vient à vraiment préférer le gospel original.

- "Ruby Baby" (Leiber/Stoller) : Composée par la fameuse paire de compositeurs Leiber-Stoller, à l'origine de nombreux grands tubes des années 50 et 60, la chanson est ici interprétée par Tony Sheridan, et apparemment, sans les Beatles (appelés Beat Brothers quand ils l'accompagnaient). R'n'b pur et classique (oui oui, je sais, ils ont l'air d'être tous classiques pour moi, mais c'est le cas !), qui mène son train tranquillement jusqu'à la fin, avec des choeurs derrière (ce qui n'était pas souvent le cas jusque là). Dans le texte, le narrateur nous parle de Ruby, cette fille dont il est fou amoureux mais cet amour n'est pas réciproque... Il lui déclare donc sa flamme et se demande si elle sera sienne un jour... Peut-être qu'il mettait un peu plus d'entrain dans sa chanson, cela marcherait !

- "Why" (Sheridan/Compton) : ça commence par des "ouh ouh ouh ouh" qui continueront en choeur tout au long de cette bien jolie chanson de Tony Sheridan qui se charge à nouveau de l'interpréter lui-même. C'est tout doux, ça rock légèrement au milieu, et ça se termine tout en douceur, comme cela avait commencé...

- "Nobody's Child" (Coban/Foree) : Tony Sheridan peine un peu ici à mettre de l'émotion dans cette chanson vaguement Blue Grass au texte très triste. Le narrateur raconte qu'il se promene près d'un orphelinat quand il tombe sur un petit garçon qui pleure. Le narrateur lui demande pourquoi et le petit garçon lui raconte alors qu'il n'est le fils de personne ("Nobody's Chid), que personne ne le désire, que, comme les fleurs, il grandit tout seul, sans l'amour ni d'un père, ni d'une mère. Il poursuit en disant que parfois il préfèrerait mourir parce qu'au paradis, "où tous les aveugles peuvent voir", il y aurait sûrement un foyer pour lui... Heureusement donc que le texte sauve la mise.

- "Ya Ya" (Robinson/Dorsey/Lewis) : Tony Sheridan conclut cet album en public avec cette chanson qui sera reprise bien plus tard par John Lennon en solo. Il s'agit d'un bon petit twist, entraînant et simple comme il faut. Le narrateur raconte tout simplement qu'il attend sa petite amie et lui demande de se dépêcher de venir pour ne pas qu'il s'inquiète. Le morceau est divisé ici en deux parties, avec une seconde partie bien plus enjouée que la première avec un très bon groupe derrière, une bonne batterie et un orgue cette fois-ci pas trop lourd. Le public semble apprécier, moi aussi !

Et c'est ainsi que nous en avons terminé avec ce premier album. Honnêtement, ce n'est pas un album fondamental dans la discographie des Beatles parce qu'en plus, c'est beaucoup plus Tony Sheridan qui est à l'honneur dessus. Mais pour les amateurs, il a son importance car, comme le dit Bill Harry dans le livret, cette période des Beatles à Hambourg fut essentielle pour eux et leur répertoire joué à l'époque est constitué de toutes leurs références musicales, de tous les artistes qu'ils aimaient et qui les ont influencé par la suite. La musique des Beatles n'est pas née à partir de rien. Cet album est donc intéressant dans le sens où il propose les racines musicales de l'oeuvre magistrale des Beatles.

Les morceaux à retenir : "Ain't She Sweet", "Cry for a shadow", "My Bonnie", "Why" et "Ya Ya".

Roll up !

Bonjour à toutes et à tous, bienvenue sur ce blog entièrement dédié à la musique, toute la musique, tous styles confondus.

Je m'adresse donc à toutes les personnes qui s'intéressent à la musique, qui l'aiment et la chérissent au moins autant que moi, mais également aux autres, à ceux qui voudraient en savoir plus et qui possèdent un esprit d'ouverture et de découverte.

Car la trame principale de ce blog est bien là. Je vais vous proposer pour chaque note, un album, que je décortiquerai soigneusement, chanson par chanson, pour que, d'une part, vous vous fassiez une idée de ce que je possède et ce que j'aime (ou pas !) et, d'autre part, que ces commentaires puissent éventuellement vous aider dans l'acquisition d'une de ses chansons voire de l'album tout entier.

Malheureusement, je ne pourrai vous proposer aucun extrait de ces chansons car je reste un grand fétichiste de l'objet et libre à vous, ensuite, si je vous ai convaincu, d'aller vous procurer ces morceaux, par les moyens que vous souhaitez. J'insisterai bien évidemment sur les titres tout à fait indispensables, que je vous encouragerai au moins à écouter, certain qu'ils ont leur place dans une discothèque idéale.

Enfin, avant de commencer, petite explication de texte. Le titre de ce blog est une référence à plusieurs chansons d'un seul et même groupe, The Beatles, la référence ultime en terme de musique contemporaine pour moi. Pour le clip de la chanson "I am the walrus" ("Je suis le morse"), qui se trouve dans le film "Magical Mystery Tour", c'est justement Paul McCartney qui est déguisé avec un costume de morse et qui joue de la basse. Qques temps après, John Lennon, déjà auteur de ce morceau fantastique, écrit une chanson intitulée "Glass Onion", dans laquelle il cite beaucoup de références à des chansons des Beatles écrites par le passé. Et il chante notamment : "The walrus was Paul", révélant la véritable identité de ce curieux personnage. Eh bien, pour ce blog, le morse, c'est moi ou plutôt c'était moi : "The walrus was Me !".

Roll up, roll up for my musical blog.
Roll up, roll up for my musical blog.
Roll up AND THAT'S AN INVITATION, roll up for my musical blog.
Roll up TO MAKE A RESERVATION, roll up for my musical blog.
My musical blog is waiting to take you away, Waiting to take you away.

Roll up, roll up for my musical blog.
Roll up, roll up for my musical blog.
Roll up WE'VE GOT EVERYTHING YOU NEED, roll up for my musical blog.
Roll up SATISFACTION GUARANTEED, roll up for my musical blog.
My musical blog is hoping to take you away, Hoping to take you away.

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Roll up, roll up for my musical blog.
Roll up AND THAT'S AN INVITATION, roll up for my musical blog.
Roll up TO MAKE A RESERVATION, roll up for my musical blog.
My musical blog is coming to take you away, Coming to take you away. My musical blog is dying to take you away, Dying to take you away, take you away.

(Librement inspiré de "Magical Mystery Tour" (Lennon, McCartney))

Bon voyage !